SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 9

La Gougou

Biographie

Mireille Messier

Après avoir complété des études en théâtre et en radiodiffusion, Mireille Messier se lance tête première en édition. Étourderie? Coup de chance? Qui sait! Quoi qu’il en soit, ce nouveau milieu lui colle à la peau. Depuis la parution de son premier livre jeunesse en 1999, Mireille a publié une vingtaine d’œuvres pour les enfants. Elle est aussi scénariste pour la télévision, rédactrice pigiste, chroniqueuse, réalisatrice, comédienne et maman. Elle habite à Toronto. Pour plus de renseignements au sujet de ses projets et de ses livres, rendez-vous au www.mireille.ca.

Résumé du chapitre

Pierre-Marie et Mathurin rament dans la purée de pois la plus dense qui soit. Ils cherchent désespérément à apercevoir la rive, sans succès jusqu’à présent. Ils ne savent même pas s’ils ne tournent pas tout simplement en rond. Monsieur de Champlain leur a ordonné de lui rapporter des plantes très particulières qu’on ne trouve que sur la terre ferme. Mais où se trouve-t-elle, la terre ferme? Tandis que Pierre-Marie est d’avis qu’il vaut mieux abandonner les recherches et rentrer à la maison, son camarade n’est pas du tout d’accord avec lui. « Ce que le Sieur de Champlain demande, le Sieurde Champlain l’aura », foi de Mathurin, ajoute-t-il pour tenter de convaincre son compagnon de l’importance de l’entreprise. Rien ne l’arrêtera : ni les embruns, ni les grondements venus d’on ne sait où, rien. L’angoisse de Pierre-Marie augmente de minute en minute. C’est à cause de toutes ces histoires de Gougou et autres monstres marins qui semblent peupler les fonds marins de la région qu’il a peur. Qui sait ce qui les attend dans ces eaux peu rassurantes où l’on ne voit pas plus loin que le bout de son nez? Lui, il croit dur comme fer à tout ce qu’il a entendu pendant la traversée à bord du Don de Dieu. Mathurin se moque, il sait bien que ce ne sont que des racontars de marins avinés qui font feu de tout bois pour s’occuper. « Y a pas un mot de vrai là-dedans », parole de Mathurin. « La Gougou, elle ne mange pas les gens tout cru, les marins sont des imbéciles qui ont peur de leur ombre. Dans la baie des Chaleurs, il n’y a que des algues, un point c’est tout. » Tiens, Mathurin ne dit plus rien. Pierre-Marie l’appelle, l’appelle. Pas d’autre réponse que le souffle du vent qui entoure la barque.

Donner sa langue au chat

Jongler avec les mots

Activité : Mais où est la Gougou, dis donc?

Objectif : Jouer avec différents genres littéraires, différents narrateurs

Matériel : Papier et crayon

Durée : 25 minutes d’écriture, plus lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : En reprenant le début et la fin du chapitre 9, « La Gougou », réécrire le cœur du récit dans un genre littéraire particulier.

Attention : à chaque genre correspondent des codes précis qu’il faudra respecter. Par exemple, dans un roman policier, un crime a été commis; dans un roman fantastique, on retrouvera l’intrusion du surnaturel; un roman épistolaire est composé d’un échange de lettres; un roman historique s’intéresse évidemment au point de vue historique de la chose; le roman d’aventures s’articule autour d’actions, de péripéties, de suspense; la nouvelle se doit d’avoir une chute surprenante, etc.

Incipit :
« Pierre-Marie avait beau se frotter les mains, ses doigts restaient glacés. Ce qui aurait dû être un trajet de quelques minutes, entre le Don de Dieu et la rive, s’éternisait. »

Conclusion :

« Mais Mathurin n’était plus là. »

Activité : Trois fois plus

Objectif : Travailler la langue, les adjectifs

Matériel : Papier et crayon, dictionnaire

Durée : 20 minutes d’écriture, plus lecture à voix haute

Nombre : individuel

Démarche : Reprendre l’incipit que vous avez écrit pour le texte de l’activité « La chasse aux monstres » de la rubrique « Nations autochtones et vie quotidienne », et le continuer à votre manière.

Pour donner à votre récit une tonalité particulière, tripler tous les adjectifs (ex. : « une fille douce, belle et généreuse », « une feuille d’arbre verte, tendre et solide », « un personnage digne, courtois et bavard », « un vêtement large, rouge et bleu », etc.).

Les adjectifs seront donc beaucoup plus nombreux que les mots d’autre nature.

Jouer avec le texte

À venir...

Cuisine à la page

Activité : C’est n’importe quoi, cette recette!

Objectif : Travailler la précision, la clarté, l’observation

Mise en contexte : Déclencher le récit, pour permettre à l’écrivain en herbe de mettre le pied à l’étrier

Matériel : Papier et crayon et de bons amis

Durée : 30 minutes, après quoi les filets de poisson ne seront plus frais

Nombre : individuel, ou à deux pour les marmitons débutants

Démarche : Celui qui a écrit cette recette a fait n’importe quoi, il va falloir éliminer pas mal de morceaux pour donner du sens à cette recette.  Éliminer toutes les consignes, tous les ingrédients inutiles. À la fin cette recette devrait pouvoir figurer dans un livre ou un blog de cuisine sérieux!

Filets d’omble chevalier à l’unilatérale et compotée de poireau

  • 1 c. de sucre d’érable de l’année, car celui de l’année dernière n’était pas terrible
  • 1 botte de radis rose, ou rose et blancs, ou noirs si vous en trouvez sur le marché
  • ½ c. de sel de n’importe quelle couleur, les goûts et les couleurs ça ne s’explique pas
  • 500 g d’omble chevalier avec la peau, coupé en 4 pavés bien dodus, des pavés quoi
  • 3 poireaux coupés en fines rondelles, fines, fines c’est vite dit, ça va être tout mou si elles sont trop fines
  • Des galettes saint Michel ou de la mère Poulard, ou des Oréos si vous préférez
  • Un bon morceau de beurre ni froid ni pas froid, bien blanc, crémeux à souhait
  • ½ c. d’huile de bonne qualité, pas de la graisse de moteur

Préparation

  • Lever les filets de l’omble chevalier dans les règles de l’art (voir ci-dessous).
  • Mélanger le sucre d’érable et le sel dans un petit bol, réserver.
  • Sur une assiette, déposer les pavés de poisson.
  • Sur une deuxième assiette, déposer les rondelles de poireau.
  • Frotter la surface des pavés avec le mélange de sucre d’érable.
  • Réfrigérer 45 minutes, éponger au besoin avec du papier absorbant du genre qu’on trouve dans les supermarchés.
  • Laisser reposer 15 minutes à température ambiante, j’espère qu’il ne fait pas trop chaud chez vous.
  • Faire revenir les poireaux dans une poêle à feu doux sans qu’ils ne colorent.
  • Placer gentiment la grille au centre du four, c’est-à-dire au milieu, et préchauffer celui-ci à 150 °C, si vous préférez les températures en degrés Fahrenheit, et bien tant pis, pas trop chaud le four, enfin chaud juste ce qu’il faut quoi.
  • Dans un plat de cuisson, répartir les poireaux, toutes les rondelles de poireaux évidemment, n’allez pas chercher midi à quatorze heures, un poireau c’est un poireau, sur le fond et déposer les pavés de poisson – pas de rumsteck – au-dessus des poireaux coupés en rondelles régulières, pas trop grosses et pas trop fines.
  • Badigeonner le poisson avec un peu d’huile, si vous en mettez beaucoup ça ne va pas vraiment être mangeable, mais c’est comme vous voulez.
  • Cuire au four de 20 à 25 minutes selon l’épaisseur des pavés ou jusqu’à ce que la chair du poisson se décolle facilement de la peau.
  • Laisser tiédir et retirer la peau tendrement, sinon elle va laisser un mauvais goût.

Histoire et géographie

Titre : Samuel de Champlain arrive à Québec, Agnew Reid (1908)
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File :Samuel_de_Champlain_arrive_%C3%A0_Qu%C3%A9bec_-_George_Agnew_Reid_-_1909.jpg

Sur ce tableau, les Iroquoiens du Saint-Laurent accueillent Samuel de Champlain, à bord du Don de Dieu, lors de son arrivée à Québec en 1608. Cette image est cependant une représentation fictive puisque lors de son premier voyage à Québec, Champlain s’est arrêté à Tadoussac avec son navire, a poursuivi vers Québec en barque, et y est arrivé le 3 juillet 1608. Le Don de Dieu figure néanmoins sur le drapeau de la ville de Québec et sur ses armoiries.

Activité : Journal de bord

Objectif : Travailler à plusieurs comme si on était qu’un

Mise en contexte : À plusieurs, écrire des extraits du journal de bord d’un marin érudit qui a voyagé sur le Don de Dieu.

Peut-être a t-il observé la fureur de la mer décrite au chapitre 2, ou d’autres phénomènes décrits dans les chapitres précédents?

Matériel : Papier et crayon

Durée : 10 minutes pour mettre en place en groupe, 20 minutes d’écriture individuelle, 10 minutes pour l’unification stylistique en groupe

Nombre : en groupe et individuel

Démarche :

  1. Caractériser en groupe votre personnage de narrateur.
  2. Déterminer les différents épisodes de son journal.
  3. Répartir les pages à écrire (un épisode par élève) et plonger dans l’écriture individuelle.
  4. Vérifier que le tout a une certaine unité stylistique et retravailler les épisodes dans ce sens, au besoin.

Nations autochtones

Titre : Île Bonaventure, Mario Hains (2009)
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ile_Bonaventure_-_panoramio.jpg

Mythe et légendes autochtones

L’île Bonaventure est lieu où se déroule nombre de légendes, principalement car elle impressionnait les Mi’gmaq. Presque tout le temps dissimulée par une brume épaisse, elle était taboue pour eux. Ils imaginaient qu’elle était habitée par une ogresse géante dénommée « la Gougou ». Et cette Gougou appréciait tout particulièrement la chair autochtone. Malgré son dos un peu voûté, elle était d’une stature colossale, bien plus haute que le mât d’un navire, et elle avait coutume de s’emparer des malheureux qui croisaient sa route quand elle se rendait sur la côte. Elle les capturait et les emportait dans son antre pour les dévorer avec appétit. La légende affirme qu’on a retrouvé sa carcasse gisant au pied d’une falaise un beau jour. Elle serait tombée là en poursuivant une de ses victimes.

La Gougou a été très peu représentée et on ne sait pas vraiment à quoi elle ressemblait.

Samuel de Champlain fait référence à la Gougou dans son livre Voyages de Champlain : Des Sauvages ou Voyages du Sieur de Champlain faict en l’an 1603 :

« Il y a encore une chose estrange, digne de reciter, que plusieurs sauvages m’ont asseuré estre vray : c’est que, proche de la Baye de Chaleurs, tirant au Su, est une isle où faict residence un monstre espouvantable que les sauvages appellent Gougou, & m’ont dict qu’il avoit la forme d’une femme, mais fort effroyable, & d’une telle grandeur, qu’ils me disoient que le bout des mats de nostre vaisseau ne luy fust pas venu jusques à la ceinture, tant ils le peignent grand; & que souvent il a devoré & devore beaucoup de sauvages; lesquels ils met dedans une grande poche, quand il les peut attraper, & puis les mange; & disoient ceux qui avoient esvité le péril de ceste malheureuse beste, que sa poche estoit si grande, qu’il y eust pu mettre nostre vaisseau. Ce monstre faict des bruits horribles dedans ceste isle, que les sauvages appellent le Gougou; & quand ils en parlent, ce n’est que avec une peur si estrange qu’il ne se peut dire plus, & m’ont asseuré plusieurs l’avoir veu. Mesme ledict sieur Prevert de Sainct Malo, en allant à la descouverture des mines, ainsi que nous avons dict au chapitre précèdent, m’a dict avoir passé si proche de la demeure de ceste effroyable beste, que luy & tous ceux de son vaisseau entendoient des sifflements estranges du bruit qu’elle faisoit, & que les sauvages qu’il avoit avec luy, luy dirent que c’estoit la mesme beste, & avoient une telle peur qu’ils se cachoient de toute part, craignant qu’elle fust venue à eux pour les emporter & qu’il me faict croire ce qu’ils disent, c’est que tous les sauvages en général la craignent & en parlent si estrangement, que si je mettois tout ce qu’ils en disent, l’on le tiendroit pour fables; mais je tiens que ce soit la residence de quelque diable qui les tourmente de la façon. Voylà ce que j’ay appris de ce Gougou. »

Activité : Exercice de style

Objectif : Changer de registre d’écriture

Mise en contexte : En 1947, Raymond Queneau, l’un des fondateurs de l’Oulipo, publie un livre intitulé Exercices de style. Il s’agit de 99 variations d’une même anecdote dont la principale qualité est d’être anecdotique. Il traverse un grand nombre de styles, et le résultat est non seulement étonnant, mais aussi très drôle.

Voici quelques-unes des formes empruntées : litote, métaphoriquement, en partie double, surprises, rêve, hésitations, précisions, interrogatoire, récit et animisme, etc.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, plus 20 minutes de partage à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : En vous inspirant des 99 propositions de Raymond Queneau, reprendre le texte de Champlain et le transformer d’une manière ou d’une autre, au choix ou au hasard. La lecture à haute voix de tous les textes devrait occasionner bien des fous rires. Écrire est un plaisir, on ne le répétera jamais assez.

Activité : La chasse au monstre

Objectif : Travailler la peur en littérature

Mise en contexte : Vous venez de faire connaissance avec une créature fantastique contemporaine de Champlain; créez la vôtre.

Matériel : Papier et crayon, ordinateur pour les recherches

Durée : 45 minutes d’écriture, plus du temps pour partager

Nombre : individuel et en groupe

Démarche :

  1. Avec toute la classe, constituer un très large champ lexical autour de la peur (angoisse, frayeur, effroi, etc.), sans oublier les expressions comme « froid dans le dos », « son sang ne fait qu’un tour », « avoir le cœur qui s’emballe », etc.
  2. Écrire seulement l’incipit (la première phrase), qui doit susciter des frissons.
  3. Passer sa feuille à son voisin de gauche et recevoir celle de son voisin de droite.
  4. Continuer l’histoire du voisin en y ajoutant un paragraphe.
  5. Passer sa feuille à son voisin de gauche et recevoir celle de son voisin de droite.
  6. Écrire un autre paragraphe, qui s’enchaîne avec ce qui était déjà écrit, et recommencer le manège de transfert des feuilles.
  7. Apporter une conclusion à l’histoire devant vous, avec une belle chute si possible.
  8. Tout relire à haute voix.