SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 6

Construire un village. Le désastre de l'île Sainte-Croix

Biographie

Jean M. Fahmy

Jean M. Fahmy est né au Caire en 1942. Il est arrivé au Canada en 1968. Il a commencé sa carrière comme reporter à l’Agence France-Presse, a continué en tant qu’éditorialiste, et finalement professeur de littérature et civilisation françaises. Il a également travaillé dans la fonction publique canadienne pendant de nombreuses années. Il a à son actif une dizaine d’ouvrages divers, romans, nouvelles et récits, ainsi que quelques essais. Il est en outre un conférencier très apprécié et ses sujets de prédilections sont tous de nature culturelle, littéraire et historique.

Résumé du chapitre

Après un voyage mouvementé, le Don de Dieu et La Bonne Renommée ont jeté l’ancre en Acadie. On décharge les cargaisons d’animaux, de vivres et de matériaux de construction sur l’île que monsieur de Mons a décidé de baptiser l’île Sainte-Croix. Une île paradisiaque à première vue où les constructions destinées à la colonie naissante commencent à voir le jour dans la plus grande allégresse. Peu à peu, l’hiver recouvre l’île Sainte-Croix et le paradis s’habille de blanc. L’océan est recouvert d’une fine glace qui grandit petit à petit. Magnifique paysage à perte de vue que ces étendues glacées qui se forment sur l’océan. Brillant de mille éclats de lumière au soleil, le spectacle est époustouflant et il ne fait pas encore très froid. Le paradis blanc se refroidit encore et les habitants de l’île commencent à perdre leur entrain, et leurs âmes sombrent dans une mélancolie résignée. Il faut bien reconnaître que la jeune colonie est désormais prisonnière des éléments sans réellement savoir pour combien de temps. La plupart des habitants subissent les assauts d’un destin peu clément et disparaîtront sans laisser de traces. La maladie, le froid, la faim recouvrent l’espoir d’une couche inerte de malheur et de peur. Quelques-uns survivront, qui continueront à chercher le bonheur plus loin sur la terre ferme.

Donner sa langue au chat

À venir...

Jongler avec les mots

Activité : Variante joyeuse du logorallye : le logorallye à suspense

Objectif : Réaliser une gymnastique d’écriture qui aide à développer la créativité

Matériel : Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : Le logorallye vous connaissez? On va donc modifier un peu la règle comme suit :

  1. Chaque élève pointe au hasard plusieurs mots (substantifs, adjectifs ou verbes uniquement) dans le texte et les écrit sur des petits morceaux de papier distincts.
  2. Placer tous les mots notés par chacun dans un chapeau ou dans une boîte à chaussures.
  3. Faire tourner le chapeau ou la boîte pour que chaque élève y pige un mot.
  4. Quand le chapeau ou la boîte a terminé de faire le tour de la classe, chacun doit écrire une phrase comprenant le mot pigé en toutes lettres; ensuite, reprendre la pige jusqu’à avoir 10 mots par élève.
  5. Dès que le deuxième mot est pioché, entamer la rédaction d’une deuxième phrase et ainsi de suite jusqu’à un total de 10 phrases, le tout devant former un texte cohérent.

Activité : Lipogramme

Objectif : Puiser dans un vocabulaire sélectionné avec rigueur

Matériel : Papier, crayon et dictionnaire

Mise en contexte : Le lipogramme exige d’écrire un texte sans utiliser telle ou telle lettre de l’alphabet. Par exemple, Georges Perec a écrit son roman La disparition sans jamais utiliser la lettre « e », qui est pourtant la plus commune dans la langue française. Si on supprime la lettre « s », il n’y aura pas de pluriel autrement qu’en « x » dans le texte.

Durée : 20 à 30 minutes d’écriture par lipogramme

Nombre : individuel

Démarche : 

  1. Pour commencer, supprimer la lettre « t ».
  2. Prendre la première page du chapitre de Jean Fahmy, et remplacer tous les mots qui contiennent un « t » par un mot qui ne change pas le sens – et ne comporte pas la lettre bannie. Il y a 22 mots à changer.
  3. Deuxième étape, supprimer la lettre « r » : il y aura 31 mots à changer pour la même page.
  4. Essayer maintenant la lettre « s ». C’est 47 mots qu’il faudra remplacer : pas trop facile, n’est-ce pas?

Courage, c’est une question d’entraînement, comme le marathon. On ne peut pas courir 10 km sans s’essouffler du jour au lendemain!

Activité : Une bouteille à la mer, ou la contrainte du prisonnier

Objectif : Éliminer certaines lettres oblige à déployer des trésors de créativité

Mise en contexte : Pendant tout le chapitre, la mer râle et tempête, c’est maintenant à vous de lui répondre pour essayer de l’apaiser.

Matériel :
Papier et crayon

Durée : 30 minutes, plus lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : Comme vous êtes dans une situation dramatique sur cette île Sainte-Croix et que vous n’avez plus la force de vous rendre sur le continent à la fonte des glaces, vous devez communiquer en lançant une bouteille à la mer.

Pour économiser le papier, d’une part parce qu’il est rare et aussi parce qu’il n’y a pas beaucoup de place dans la bouteille, vous devez serrer les lignes au maximum. À cette fin, vous ne pouvez pas utiliser les lettres qui dépassent la ligne en haut ou en bas.

Il ne vous reste donc que la moitié de l’alphabet, soit a, c, e, m, n, o, r, s, u, v, w, x, z… mais si vous pensez avoir assez de papier vous pouvez vous permettre d’utiliser le i.

Un exemple? un incarcéré économe : nous, communs amis, écrivons sans ennui une missive

Vous voyez? Ce n’est pas si difficile que ça!

Jouer avec le texte

À venir...

Cuisine à la page

Matues, ou porc-épic grillé (Recette traditionnelle mi’gmaq)

Le porc-épic est un animal qui peut sauver des vies, il faut le savoir. Perdu en forêt, cet animal est très facile à abattre sans armes, il faut le voir pour le croire. Il suffit de l’ouvrir comme un oursin, le vider et puis allumer un feu. Sa viande est des plus tendre qui soit, délicieuse il va sans dire. Comme il n’est pas gras, point n’est besoin de le dégraisser. La viande de porc-épic (matuesuei) est bien meilleure que celle de poulet! Comme pour n’importe quelle viande de gibier, il est préférable de le laisser faisander quelques heures.

Ingrédients

  • Un porc-épic
  • De l’ail des bois
  • Sel et poivre

Préparation

  • Salez et poivrez le porc-épic après avoir enlevé les épines.
  • Ne piquez surtout pas ici et là des morceaux d’ail des bois, mais faite-les rôtir dans le plat de cuisson.
  • Grillez au feu de bois ou au four si vous habitez une région où l’on ne peut pas faire de feu de bois.

Une leçon de sciences naturelles mi’gmaq

Utiliser de préférence du sel de mer dans vos plats plutôt que du sel ordinaire.

Faire griller des feuilles de tussilage et les réduire en poudre de ménage, elles remplaceront le sel, quel avantage.

L’ail des bois à bien meilleur goût dans une potée que son cousin l’ail cultivé.

Le thé des bois, c’est beau dans le jardin ; en infusion, c’est bon le matin.

La gomme d’épinette, on la mâche à toute heure, pour conserver de ses dents la blancheur.

L’écorce intérieure de l’épinette se consomme fraîche au printemps. On la sèche gentiment, et elle nous offre ses bienfaits pour longtemps.

Les jeunes pousses d’épinette et de sapin, crues ou cuites, elles sont parfaites. Crues, elles parfument la laitue, et en décoction, de la gorge elles calment les irritations.

Quelques jeunes pousses d’épinette et de sapin, un bon bain, et dodo jusqu’au matin.

Décoller l’écorce interne du pin, la faire sécher, l’écraser, et de cette poudre fine vous tirerez la farine.

Pas de pin sous la main? Bouleau, saule, ou peuplier vous combleront de la même façon.

Titre : Porc-épic d'Amérique photographié dans une forêt à Litchfield, Québec, Christian Voillemont (2012)
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Porc-%C3%A9pic_d%27Am%C3%A9rique_-_Erethizon_dorsatum.jpg

Activité : Le poème épique du porc-épic

Objectif : Prendre un contexte peu probable et le transformer

Mise en contexte :
Le poème épique évoque en principe des évènements historiques, souvent mêlé de légendes, et dont les héros sont le plus souvent magnifiés à l’extrême. Comme ce genre de poésie décline sans vergogne des actions extraordinaires ou des personnages grandioses, voire même grandiloquents, on utilise souvent l’hyperbole pour faire passer le message. L’hyperbole est une figure de style dite d’amplification, c’est un procédé d’exagération qui doit laisser une impression forte sur le lecteur. Un exemple : dire « un géant » pour parler d’une personne de haute taille, « un éléphant » pour quelqu’un avec de l’embonpoint, etc. Notre porc-épic va sans doute être valeureux, d’une agilité hors du commun, etc. Il faut que ce soit un héros, qui va finir à la casserole, certes, mais seulement pour sauver de la famine nos infortunés habitants de l’île Sainte-Croix.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 40 minutes, plus lecture à haute voix

Nombre :
 individuel

Démarche : 

  1. Créer votre personnage principal.
  2. Laisser aller votre plume sur le papier, en gardant à l’esprit les procédés d’exagération qui vont vous aider à magnifier votre petit porc-épic. Rendez-le plus qu’humain. Souvenez-vous que les autochtones considèrent les animaux comme leurs égaux sur la terre qu’ils partagent.
  3. Ajouter des rimes au fil de votre texte. Travailler le côté technique de l’exercice d’écriture et faire des listes de mots qui riment, au besoin. Échanger avec vos voisins pour étendre votre vocabulaire, si le cœur vous en dit.
  4. Relire votre texte à haute voix : c’est un poème, il doit sonner bien.

Nations autochtones

Les Mi’gmaq

Comme les Mi’gmaq vivaient assez loin au Nord, ils n’étaient pas en mesure d’assurer leur subsistance grâce aux cultures autochtones, telles que le maïs, le haricot et la courge. Ils dépendaient donc des ressources de la forêt et de la mer. Il leur fallait établir un emploi du temps assez précis pour pouvoir subsister en toutes circonstances. Les Mi’gmaqs chassaient le phoque, l’orignal, le caribou, le castor et l’ours. Dans les zones côtières, ils pêchaient l’éperlan et le hareng; ils ramassaient également des mollusques et des crustacés. L’anguille s’ajoutait à leur pêche dans les estuaires des grandes rivières.

Les Mi’gmaq utilisaient des armes et des outils variés pour la chasse et la pêche. La lance ainsi que l’arc et la flèche étaient utilisés pour chasser le plus gros gibier; le collet, pour capturer le lapin et la perdrix, et l’assommoir, pour tuer des prédateurs comme le renard ou l’ours.

Les Mi’gmaq devaient se trouver sur la côte pendant les mois les plus chauds pour aller à la rencontre des bateaux de pêche européens afin d’échanger leurs fourrures contre des biens provenant d’Europe. En ceci, on peut les considérer comme les précurseurs des échanges commerciaux avec les Européens.

Ils se servaient de l’écorce de bouleau pour fabriquer des contenants et couvrir leurs wigwams, dont ils construisaient différents types. Les plus courants étaient de forme conique, une sorte de tipi arrondi, et ils étaient constitués d’une armature de bois recouverte de peaux, ou d’écorce de bouleau.

Titre : Wigwam, Lefferts Historic House, Jim Henderson (2009)
Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lefferts_Wigwam_jeh.JPG

Les Mi’gmaq parlaient une langue algonquienne, très semblable à celle que parlaient les Malécites et les Pescomodys, leurs voisins.

Lorsqu’ils trouvaient des vivres en abondance, les groupes de cette nation formaient des bandes qui pouvaient comprendre jusqu’à 200 ou 300 personnes pendant l’été. Les chefs (sagamo) se réunissaient à l’occasion pour discuter des sujets importants, notamment de paix et de guerre.
 
Croyant que les animaux, le soleil – doté d’une importance spéciale – et les rivières avaient un esprit et une personnalité, et qu’un esprit appelé mntou, ou manitou, remplissait l’univers, les Mi’gmacs ont une vision du monde bien à eux. Des shamans vivaient parmi les clans, comme c’était le cas pour tous les peuples de chasseurs-cueilleurs.

Le shaman, appelé aussi puoin, pouvait guérir les maladies ou les causer, et on se fiait à lui pour interpréter le monde spirituel.

Titre : Plan de l'île Sainte-Croix, premier site de colonisation en Nouvelle-France, Samuel de Champlain (1613)
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%8Ele_sainte_croix.png

Activité : Mais quelle idée de s’installer là!

Objectif : Créer un texte à partir du réel

Matériel : Papier et crayon

Mise en contexte : Les textes ci-dessus sont pleins de renseignements utiles pour comprendre le cadre de cette installation à l’île Sainte-Croix. Le choix de cet emplacement, idyllique à première vue, n’était pas bien futé, et manquait certainement de recul par rapport à la réalité de ce Nouveau Monde bien différent de ce que les colons avaient quitté plusieurs mois auparavant. Ces réalités importantes pour la vie quotidienne échappèrent complètement au Sieur de Champlain et à ses intendants.




Durée :
60 minutes

Nombre : individuel

Démarche : Vous possédez maintenant de nombreux renseignements sur les Mi’gmaq, et vous allez imaginer un groupe d’entre eux qui accueille nos amis à la descente du Don de Dieu. Certains s’approchent, d’autres restent à distance.

  1. En groupe, créer une saynète qui révèlent ce que pensent les Mi’gmaq du choix de Champlain de s’installer sur ce qu’il appellera l’île Sainte-Croix.
  2. Individuellement, choisir un personnage dans ce groupe, et lui faire partager, à travers un récit écrit, ce qu’il voit et comprend.

    Vous pouvez tout à fait imaginer un personnage européen plein de bon sens, et qui, lui, comprendrait le point de vue des Mi’gmaq, mais que Champlain refuserait d’écouter.