SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 4

Ailleurs que dans les yeux

Biographie

Daniel Grenier

Daniel Grenier est un jeune auteur québécois né à Brossard en 1980. En 2012, il publie un recueil de nouvelles publié aux éditions Le Quartanier, Malgré tout on rit à Saint-Henri. Avec son premier roman, L’année la plus longue, publié au Quartanier en 2015, il signe une épopée américaine haute en couleurs qui lui a valu de nombreuses reconnaissances dans le monde de l’édition. Ce roman a d’ailleurs été publié aux éditions Flammarion en France, fait assez rare pour un jeune écrivain québécois.

Résumé du chapitre

Une tabagie spectaculaire est organisée par le grand sagamo Anadabijou pour fêter l’arrivée du sieur de Champlain, et surtout le retour de Sauvageau et Grandbois parmi les leurs. Ils ont l’impression qu’il s’est passé une éternité depuis que Champlain les a emmenés en France avec lui. En donnant de multiples détails, Sauvageau raconte sa découverte de la vie dans le pays du bon roi Henri IV. Il exulte de pouvoir enfin parler comme bon lui semble dans sa propre langue, et il rattrape le temps perdu. Il a beaucoup pensé au moment des retrouvailles pendant le voyage du retour. La fête se poursuit longtemps après la tombée de la nuit, il y a tant à raconter, tant à découvrir. Le bâton de parole passe de main en main, ainsi que le calumet de la paix. Pendant ce temps-là, Champlain prend la mesure des vastes étendues qui l’entourent, il se sent à même de les transformer, de les apprivoiser, de les annexer. Il réalise cependant qu’il ne lui sera pas facile d’explorer à sa guise et sans permission ces contrées qui ne lui appartiennent pas. Pas encore, du moins, pense-t-il. Le grand sagamo, chef des Innus, lui concède une parcelle de terre pour le remercier d’être venu. En bon diplomate, il sait que les Français sont vaillants et qu’ils possèdent cette arme remarquable et surprenante qu’il n’a jamais vue, mais qui pourrait renverser le cours des choses à son avantage. Il espère simplement que les Français tiendront leurs promesses, car il a besoin de leurs armes et de leur armée pour vaincre ses pires ennemis, les nations iroquoises qui se font toujours plus dangereuses. C’est le temps de l’alliance, un pacte est scellé.

Donner sa langue au chat

1. La tabagie est un événement important au 17e siècle chez les autochtones que rencontre Champlain; c’est :

  • Un festin qui rassemble toute la communauté
  • Un grand feu pour célébrer le solstice
  • Une réunion au sommet
  • Le lieu où l’on prend des décisions
  • Le rassemblement de plusieurs nations

2. Le bâton de parole est un objet important dans la tabagie; il sert à :

  • Rythmer la musique autochtone
  • Permettre à chacun de parler à son tour
  • Donner le coup d’envoi des festivités
  • Symboliser la victoire à la guerre
  • Faire taire la foule

3. Le mot « haranguer » a changé de sens au cours des siècles; dans le texte de Daniel Grenier, le terme veut dire :

  • Un discours solennel et ennuyeux
  • Une histoire racontée avec passion
  • Tanner son auditoire
  • Sermonner quelqu’un
  • Faire un discours

4. Le mot « fraise », dans le contexte de ce chapitre, veut dire :

  • Un fruit
  • Des abats
  • Un visage
  • Une envie
  • Une collerette

5. Dans le texte, le verbe « tanner » veut dire :

  • Rendre hâlé
  • Transformer le cuir avec une substance
  • Être incapable de tolérer une situation
  • Distraire son auditoire
  • Noircir le tableau

6. Un sagamo est :

  • Un chef
  • Un habitant de Saguenay
  • Un livre sacré
  • Un membre de la nation innue
  • Une tribu autochtone
  • Un capitaine de vaisseau

7. Lequel parmi les mots suivants n’est pas un antonyme de « sempiternel »?

  • Éphémère
  • Passager
  • Temporaire
  • Inhabituel
  • Persistant

8. Les courtisans sont des gens…

  • Qui sont très complaisants
  • Qui sont obséquieux
  • Qui sont adeptes de la dithyrambe
  • Qui sont des calomniateurs
  • Qui appartiennent à la cour

9. Samuel de Champlain avait toujours besoin d’un truchement, car…

  • Il ne parlait pas les langues autochtones
  • Il ne savait pas s’habiller tout seul
  • Il ne savait pas se repérer dans ces territoires nouveaux pour lui
  • Il ne pouvait pas prendre de décisions sans les consulter
  • Il n’était pas en bonne santé

Réponses :

1. Un festin qui rassemble toute la communauté 2. Permettre à chacun de parler à son tour 3. Faire un discours 4. Une collerette 5. Transformer le cuir avec une substance 6. Un chef 7. Persistant 8. Qui appartiennent à la cour 9. Il ne parlait pas les langues autochtones.

Jongler avec les mots

Activité : Rencontre improbable

Objectif : Créer un récit court dialogué qui met en scène deux personnages

Mise en contexte : Écrire un dialogue dans un texte est un exercice difficile, car l’échange doit être naturel, ne pas arriver comme un cheveu sur la soupe, contenir des informations mais pas trop, rythmer la narration juste ce qu’il faut; en deux mots comme en cent : c’est tout un art pour éviter l’ennui ou l’artifice.

Matériel : bla bla

Matériel : Papier et crayon

Durée : 25 minutes d’écriture, plus 20 minutes de mise en commun

Nombre : groupes de 4 et individuel

Démarche : Vous vous retrouvez maintenant dans la peau d’un journaliste, et Samuel de Champlain vous accorde 5 minutes d’entretien. Vous aurez le temps de l’interroger sur 3 sujets.

Tout d’abord, diviser la classe en groupes de 4.

  1. Faire une liste de tous les personnages croisés dans ce chapitre.
  2. Écrire les noms recueillis sur des papiers qu’on pliera en 4 – il en faut au moins 8 pour les fins de l’activité.
  3. Chacun des membres du groupe tire au sort deux papiers, qui lui attribuent deux personnages.

    À cette étape, le travail devient individuel. Il s’agit alors d’écrire un récit d’une page mettant en scène les deux personnages pigés, entre qui se déroulera un dialogue.
  4. Commencer votre récit par la phrase : « [Nom du premier personnage] ne comprenait toujours pas comment [il ou elle] avait abouti là, et non loin de [lui ou elle], [Nom du second personnage] l’observait attentivement. »
  5. Inventer une situation qui mette en scène ces deux personnages.
  6. Choisir le narrateur, qui peut être un personnage ou encore une voix omnisciente, qui ne fait pas partie de l’histoire. Cela va vous aider dans la construction du dialogue.
  7. En guise de mise en place, créer un contexte pour chacun des deux personnages : de qui s’agit-il, d’où vient cette personne, que fait-elle là à ce moment-là, quelles sont les images qui lui passent par la tête juste avant et au moment de la rencontre, quelles sont ses motivations, etc.
  8. Écrire un dialogue entre les deux personnages, en incluant tout ce qui est nécessaire au lecteur pour comprendre la scène.
  9. Partager son récit avec les autres membres de son groupe ou avec toute la classe.

Activité : Mais comment donc?

Objectif : Recomposer un texte de manière aléatoire

Matériel : Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix


Nombre :
 individuel

Démarche : Voici une histoire à écrire étape par étape.

  1. Choisir un événement principal du texte de Daniel Grenier. Découper en 10 étapes cet événement, en accordant 1 phrase à chacune. Procéder en ordre chronologique, en numérotant chaque étape de 1 à 10. Il ne s’agit pas d’un texte, mais d’une liste d’étapes.
  2. Découper la feuille en 10 morceaux, puis les confier à un voisin, qui donnera ses 10 morceaux de papier en échange.
  3. Éliminer 3 morceaux de papier avant de rendre morceaux restants à leur auteur, et vice-versa.
  4. Prendre au hasard un des 7 morceaux de votre histoire, et commencer par cette étape un récit de l’événement. Procéder de cette façon, en pigeant un morceau et en ajoutant l’étape correspondante au récit, jusqu’à épuisement des morceaux de papier. Il manquera 3 étapes, 3 morceaux de l’histoire, mais ces étapes manquantes ne seront connues qu’une fois toutes les autres raccommodées.
  5. À la relecture, assurer la cohérence de l’histoire, mais sans changer l’ordre des étapes telles qu’elles ont été pigées. Un peu d’aménagement sera peut-être nécessaire, mais si ce n’est pas le cas, n’y touchez plus!

    Le texte final sera certainement plus riche et plus complexe que la même histoire racontée de façon linéaire, mais surtout ô combien plus passionnant!

Jouer avec le texte

Activité : Les synonymes

Objectif : Élargir son vocabulaire

Mise en contexte : Un synonyme est un mot ou une expression de sens équivalent à un autre mot ou à une autre expression. L’utilisation de synonymes est un excellent moyen d’enrichir le vocabulaire d’un texte.

Matériel : Dictionnaire

Durée : 20 minutes 

Nombre : Individuel

Démarche : Voici un extrait tiré du livre Sur les traces de Champlain. Directement à l’ordinateur, remplacer les mots dans la boîte par leur synonyme.

Cuisine à la page

Fesse d’ours rôtie

Ingrédients

  • 1 fesse d’ours
  • 1 carotte pelée
  • 15 ml de moutarde sèche
  • 5 ml de sucre
  • 5 ml de sarriette
  • Sel et poivre
  • Tranches de lard salé
  • 1/2 citron, coupé en rondelles
  • 3 gousses d’ail
  • 2 oignons coupés en rondelles
  • Eau

Préparation

  • Chauffer le four à 180°C (350°F).
  • Laver la fesse, l’essuyer et enlever tout le gras.
  • La faire bouillir 15 minutes, avec la carotte pelée; la retirer et l’égoutter.
  • Mélanger la moutarde sèche, le sucre, la sarriette, le sel et le poivre.
  • Saupoudrer sur la viande.
  • Placer quelques tranches de lard salé sur le fond d’une lèchefrite; y déposer la viande.
  • Recouvrir de quelques tranches de lard salé et de rondelles de citron.
  • Disposer l’ail et les rondelles d’oignons autour de la viande.
  • Ajouter juste assez d’eau pour couvrir le fond de la lèchefrite.
  • Couvrir et mettre au four.
  • Compter 35 minutes par 454 g et arroser souvent.

Activité : Poème de cuisine

Objectif : Recycler un texte existant

Mise en contexte : Dans ce jeu d’écriture, il s’agit de composer un poème sans compter les pieds (autrement dit, les syllabes contenues dans chaque vers). Il s’agit de faire rimer tous les vers, longs ou brefs, et si possible d’écrire une recette amusante comportant des rimes à toutes les lignes. Tous les détours voire détournements sont autorisés.

Pour les plus téméraires, on peut ajouter une autre contrainte qui a pour nom « poème antérimé », où les rimes sont en début de vers, ou encore un « poème avec antérimes postrimantes », exigeant que dans chaque vers, le premier mot rime avec le dernier.

Par exemple : 

Comme il est gauche et veule avec ses avirons!
Lui, naguère si beau, le voilà devenu
Comique et laid! Ses yeux d’infirme qui volait
Luisant d’agacement au vu d’un brûle-gueule.
(Jacques Bens, d’après L’albatros de Baudelaire)

Si comme avant auprès ensemble telle ainsi
Tour à tour rien là tout sans cesse assez toujours
Moins tant jamais jadis près tout à coup plus loin
Déjà presque dehors en deça au-delà
Enfin longtemps parfois ici dorénavant…
(Noël Arnaud)

Matériel : Papier et crayon, un peu d’humour

Durée : 25 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche :
 S’inspirer de la recette de fesse d’ours ci-dessus pour écrire un poème obéissant à une contrainte de rime choisie.

Histoire et géographie

La tabagie

« Pétuner » signifie partager le calumet de la paix et c’est une pratique non seulement très ancienne chez les autochtones, mais également très importante. C’est en effet en organisant une tabagie que certains peuples autochtones soulignaient les événements importants de la vie, par exemple une grande victoire ou le décès prochain d’un de leurs chefs.

Fumer le calumet de la paix a été le moment clé de l’Alliance, une sorte de contrat signé, entre les nations autochtones et les Français. Champlain avait certainement très vite compris que ces rituels étaient indispensables pour sceller son « amitié » avec les peuples locaux, amitié qui lui permettrait à terme de réaliser son projet en s’assurant de la paix entre les colons qu’il désirait installer sur place, et les populations autochtones qui habitaient déjà les lieux.

Activité : Polar, polar

Objectif : Comprendre l’architecture d’un texte, suivre les règles du roman policier

Mise en contexte : Une histoire se compose de plusieurs étapes. On peut créer un roman linéaire avec un début, un milieu et une fin si on choisit de suivre l’ordre chronologique de l’histoire. Il s’agit là d’une forme classique. Mais on peut choisir d’autres options, et vos lectures au fil du temps vous apporteront de nombreuses autres pistes.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 40 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture et partage à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : Composer un récit dont les personnages et lieux s’inspirent de l’épisode de Daniel Grenier; la tabagie en est le point central, et le lien entre tous les événements du récit créé. Le récit devra comporter un élément de mystère, qui sera élucidé graduellement et révélé à la toute fin.

  1. Déterminer quel sera le nœud du mystère que le récit vous mènera à révéler.
  2. Ouvrir le récit par un dialogue très court, comptant de 4 à 6 lignes, qui va servir à articuler le texte, comme le refrain d’une chanson. Ce n’est pas la peine de le travailler littérairement : un petit dialogue saisi au vol et qui ne révèle pas grand-chose sur l’histoire à venir fera très bien l’affaire.
  3. Poursuivre le récit avec une section narrée qui fera comprendre au lecteur que le narrateur en sait plus long que ce qui a été révélé. Quelques exemples de démarreur de temps narratif : « À ce moment-là… », « Quelques jours plus tard… », « C’est seulement maintenant que… ».
  4. Reprendre le dialogue là où il avait été laissé et y ajouter encore quelques lignes.
  5. De nouveau, passer à une séquence narrée qui révèle des éléments d’intrigue, qui fait avancer le récit en suivant un chemin narratif très tortueux. Puis répéter ce motif dialogue/narration. À chaque reprise après le dialogue, le lecteur en apprendra un peu plus sur l’histoire. Trouver dans le texte de Daniel Grenier tous les éléments qui serviront le récit, en ajoutant ici et là des détails originaux.

    Autrement dit, vous allez promener votre lecteur dans des dédales qui vont le tenir en haleine jusqu’à la fin.

Nations autochtones

La tradition orale innue

Tout le savoir et les traditions innues se transmettaient oralement jusqu’à l’arrivée des Européens. Cette transmission orale a permis de conserver la mémoire des premières rencontres entre Innus et Européens. Ces récits nous apprennent par exemple que les Innus n’ont jamais cédé leurs terres ancestrales. Leur conception de l’appartenance à la terre est d’ailleurs très différente de celle des premiers Européens, car elle est empreinte de la notion de propriété collective de la terre, qui est partagée entre les humains, les animaux et les arbres. Les Innus ont une conscience très aiguë du lien étroit qui les lie à leur environnement; ils s’efforcent de vivre en harmonie avec leur milieu naturel, et chacune de ses composantes, animée ou inerte, est considérée comme habitée par des esprits puissants et mystérieux que l’on respecte. La tradition orale nous apprend également que les Innus témoignent de la gratitude au monde qui les entoure pour l’abondance de biens de toutes sortes qui assurent leur survie et leur prospérité.

Permettant un ancrage des Premières Nations dans leur histoire, les récits traditionnels sont répétés tout au long de la vie de chaque individu. La répétition joue un rôle important dans la transmission. Chansons et récits traditionnels constituent un élément vivant pour les communautés et contribuent à la compréhension de leur culture et du monde.

Activité : Dis, raconte-moi une histoire

Objectif : Structurer un récit oral

Mise en contexte : Le récit oral a existé bien avant l’écriture. Précurseur de l’écrit, il joue un rôle dans le rapport à l’autre.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 60 minutes

Nombre : groupes de 4 personnes, puis individuel

Démarche :

  1. Écrire sur une feuille les principaux événements décrits dans le chapitre « Ailleurs que dans les yeux », de Daniel Grenier, en les énumérant les uns après les autres, dans l’ordre dans lequel ils surviennent (ex : Tabagie rassemblant 100 personnes; Colons arrivant à la tabagie; Champlain parle avec le Grand Sagamo, etc.).
  2. Réécrire sur une feuille distincte chaque élément de la liste ainsi dressée.
  3. Répartir les feuilles entre tous les membres du groupe.

    À ce moment, le travail devient individuel.
  4. Chacun réalise un dessin correspondant à l’intitulé de la feuille qu’il a choisie.
  5. Quand les dessins sont terminés, chaque personne raconte une histoire au groupe à partir de son dessin.