SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 3

Le rêve d’Ours-qui-Pêche

Biographie

Ian Monk

Ian Monk est né à Londres et vit actuellement à Lille, en France. Il entre à l’Oulipo en 1998 après avoir travaillé à la traduction et l’adaptation de l’Oulipo Compendium, ouvrage réalisé par le regretté Harry Mathews.

On lui doit un certain nombre de contraintes très oulipiennes telles que les « monkines » et les « quenoums ». La monkine s’inspire de la quenine dont elle est un dérivé, et la quenoum est une forme fixe qui combine la quenine et le pantoum. Ian Monk contribue régulièrement à Words Without Borders, une cause qui lui est chère. Il écrit aussi bien en français qu’en anglais, et se produit dans les deux langues. Il a traduit de nombreux auteurs oulipiens en anglais, en particulier Georges Perec, Raymond Roussel, Jacques Roubaud et Hugo Pratt. On lui doit également la traduction du roman Monsieur Malaussène, de Daniel Pennac.

Résumé du chapitre

Ours-qui-Pêche participe à la cérémonie du partage des rêves et écoute les songes de ses amis et compagnons. Tous les rêves qu’ils racontent lui sont plutôt familiers, car ils parlent des hauts et des bas de la vie de chaque jour. Mais le rêve d’Ours-qui-Pêche est inquiétant, ce qui le chagrine énormément car il n’en comprend pas du tout le sens. Ce cauchemar bizarre, car il s’agit davantage d’un cauchemar que d’un rêve, le met très mal à l’aise. Il n’arrive pas à s’en défaire. Cela commence par une partie de pêche tout à fait ordinaire, le ciel est d’un bleu éclatant, le soleil brille, les poissons abondent, et puis, tout à coup, la rivière se déchaîne et avale tout sur son passage, les pêcheurs disparaissent engloutis, Ours-qui-Pêche a de l’eau plein les poumons et c’est le trou noir. Terrible. Son capteur de rêves aurait dû prendre ce rêve-là dans ses filets, mais il n’en a rien fait. Pire encore, ses compagnons de pêche veulent le mettre à l’écart tant ils sont convaincus qu’il a attiré sur lui la colère des dieux. Ours-qui-Pêche pense que rien ne prouve que les dieux soient en colère; bien au contraire, le poisson n’a jamais été aussi abondant que depuis qu’il a fait ce rêve étrange. Il pense aussi qu’il n’est que le messager du rêve, pas l’instigateur. Tous s’interrogent et le grand chef conclut qu’il doit s’agir d’un présage annonçant le retour de l’homme blanc. Il ne s’en inquiète pas outre mesure, car de mémoire d’Iroquois on n’a jamais vu l’homme blanc rester bien longtemps dans ce monde qu’il ne comprend pas. Et pourtant…

Jongler avec les mots

Activité : Antonymes et synonymes

Objectif : Accroître son vocabulaire et apprendre à dire en d’autres mots

Matériel : Papier et crayon, dictionnaire de synonymes

Durée : 30 minutes pour réaliser l’exercice, plus 20 minutes de lecture à haute voix  Nombre : individuel

Nombre : individuel

Démarche :

  1. Choisir un extrait d’une vingtaine de lignes environ du texte de Ian Monk et changer tous les adjectifs par un synonyme, ou par une paraphrase quand c’est impossible de trouver un mot synonyme.
  2. Refaire l’exercice en changeant tous les adjectifs par leur antonyme.

Activité : Des mots en deux dés

Objectif : Créer avec une contrainte stricte qui libère de la peur de la page blanche

Mise en contexte : Paul Valéry disait : « Devant trop souvent écrire des choses dont je n’ai nulle envie et l’esprit inerte devant elles, je m’avise de me donner les lettres initiales des phrases successives à faire – comme pour un acrostiche… » Notre contrainte ici sera de lancer les dés pour qu’ils décident de la direction à prendre dans notre récit.

Matériel : Crayon, papier et dés

Durée : 20 minutes d’écriture, plus 20 minutes de partage des textes

Nombre : individuel, ou en groupe de 2 (on jette les dés à tour de rôle)

Démarche : Se munir de deux dés, et procéder comme suit :

  1. Le premier lancer va déterminer le nombre de mots dans la phrase.

    Si la somme des dés donne 6, il y aura 6 mots dans la phrase; un total de 8 donnera 8 mots et ainsi de suite.
  2. Les lancers suivants, faits avec un seul dé cette fois, vont déterminer combien de lettres aura chacun des mots.

    Par exemple, si on tire successivement 4, 6, 2, 1, 5 et 5, le premier mot aura 4 lettres, le deuxième 6, le troisième 2, et ainsi de suite.

Jouer avec le texte

Activité : Les synonymes

Objectif : Élargir son vocabulaire

Mise en contexte : Un synonyme est un mot ou une expression de sens équivalent à un autre mot ou à une autre expression. L’utilisation de synonymes est un excellent moyen d’enrichir le vocabulaire d’un texte.

Matériel : Dictionnaire

Durée : 20 minutes 

Nombre : Individuel

Démarche : Voici un extrait tiré du livre Sur les traces de Champlain. Directement à l’ordinateur, remplacer les mots dans la boîte par leur synonyme.

Cuisine à la page

Soupe de courge

Ingrédients

  • 1 courge de taille moyenne épépinée
  • 6 oignons émincés
  • 2 ½ t. de bouillon de bœuf
  • 4 gousses d’ail
  • 300 g de fromage suisse râpé
  • 4-5 feuilles de sauge fraîche
  • 3 branches de thym
  • ½ t. de farine
  • ½ t. de graines de citrouille
  • Beurre
  • Sel
  • Poivre

Préparation

  • Dans une casserole, faire caraméliser les oignons, l’ail et le thym dans le beurre.
  • Déglacer avec un peu de bouillon. Ajouter la farine et mélanger jusqu’à ce que le tout ait la consistance d’une pâte.
  • Ajouter le bouillon de bœuf, les feuilles de sauge et le fromage.
  • Verser le tout dans la courge.
  • Mettre la courge au four à 350o F jusqu’à ce que l’intérieur ramollisse (environ 20 minutes). Sortir la courge du four et gratter les côtés, par l’intérieur, sans la percer.
  • Ajouter les graines de citrouille et servir.

Activité : La terine du potiron

Objectif : Recycler une recette de cuisine et lui donner une forme littéraire inattendue

Mise en contexte : Cette petite terine, avec un seul « r » car elle vient du mot « ter » qui veut dire « trois », vous permet de comprendre comment fonctionne une terine oulipienne, qui s’amuse à déplacer le mot final de chaque vers d’une strophe à l’autre d’un poème suivant la séquence suivante :

1re strophe : 1 – 2 – 3
2e strophe : 3 – 1 – 2
3e strophe : 2 – 3 – 1

Voyez ce modèle proposé par Paul Fournel, l’auteur du chapitre 1 :

Terine théorique

Pour réaliser une bonne terine (1)
Prenez trois mots à la rime (2)
Et faites-les rimer (3)

S’ils n’ont pas de peine à rimer
Vous approchez de la terine
Puisque la terine rime

Par trois mots choisis à la rime
Qui sans sonner doivent rimer
C’est le secret de la terine.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 30 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche :  Utiliser la recette ci-dessus pour encadrer la future terine. Vous pouvez utiliser n’importe quelle recette à base de potiron bien entendu, sans oublier que le potiron a de nombreux synonymes (par ex. citrouille, courge, etc.).

En suivant le modèle de Paul Fournel, réécrire la méthode de préparation de la recette de façon à ce qu’elle soit construite en strophes de trois vers. S’assurer que les mots finaux reviennent d’une strophe à l’autre, en suivant la séquence proposée par Fournel.

Il n’est pas bien grave que certaines étapes soient coupées ou simplifiées : la poésie doit avant tout évoquer!

Histoire et géographie

Ian Monk parle des cinq nations iroquoises dans son texte; voici une carte qui vous permettra de visualiser où elles se trouvaient à l’époque de Samuel de Champlain. Les cinq nations comprenaient les Senecas (ou Tsonnontouans), les Cayugas (ou Goyogouins), les Onondagas (ou Onontagués), les Oneidas (ou Onnéiouts) et les Mohawks (ou Agniers).

Titre : Les Cinq Nations iroquoises (1650), R. A. Nonenmacher
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Les_Cinq_Nations_iroquoises_(1650).svg

La valeur du rêve chez les Iroquois

Le rêve est d’une importance capitale pour les Iroquois. Ils y voient les signes annonciateurs de ce qui pourrait arriver dans la réalité. La force de ce que l’on ressent au réveil permet aussi de mesurer à quel point le rêve doit être pris au sérieux et risque d’avoir un impact sur le futur proche. Dans le cas du texte proposé par Ian Monk, même s’il s’agit d’une fiction créée de toute pièce pour les besoins du roman, le rêve annonce un renversement des forces, au moins pour un temps, dans les guerres entre Iroquois et Hurons, prémices de ce qui deviendra par la suite les guerres franco-iroquoises.

Activité : Le rêve de l’Iroquois

Objectif : Reconstruire un texte à partir de quelques mots-clés, et comparer avec l’original pour observer comment la mémoire reconstruit un récit

Matériel : Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, 20 minutes de lecture à haute voix et analyse

Nombre :
 individuel

Démarche : Après avoir lu le chapitre de Ian Monk une fois et une seule, il vous faudra reconstruire son récit à partir des douze mots-clés suivants. Vous devez les utiliser dans l’ordre où ils sont donnés ici :

Solstice, rêve, pêche, secousse, compagnons, biscornu, colère, vérité, ancêtre, forêt, texture, enfant. 

L’objectif n’est pas de réécrire exactement le texte de l’auteur. Analyser ce que votre mémoire a restitué est très constructif.

Une fois reconstruit le rêve d’Ours-qui-pêche, relire le chapitre et repérer les différences entre votre texte et celui d’Ian Monk. En quoi diffèrent-ils?

Activité : C’est ce qu’il nous a raconté

Objectif : Réécrire une histoire en changeant le narrateur

Mise en contexte : Voici quelques aspects de la vie et des habitudes des Iroquois qui peuvent nourrir votre récit : les Iroquois vivaient près des lacs et des rivières. Ils faisaient pousser du maïs, des courges, des haricots, du tabac. Pour se nourrir, ils chassaient le gibier : lapin, ours, castor, et bien d’autres animaux des forêts. Ils pêchaient dès le printemps. Ils portaient des vêtements faits de peaux d’animaux et décorés de plumes. Ils habitaient dans des maisons longues recouvertes d’écorce. Ils se déplaçaient à pied ou à bord de canots en écorce. Pour leur spiritualité, ils s’en référaient au shaman, personnage très important car il avait des pouvoirs qui lui permettaient notamment de guérir les maladies. Le tambour constitue un élément essentiel de la communication entre le monde des esprits et le monde ordinaire. Ceux des Iroquois étaient fabriqués en bois et en peau d’animal.

Parmi les prénoms iroquois usuels, on retrouve, chez les hommes, Hior, Rhan, Leik,  Akya et Awhem; chez les femmes, Oneida, Kateri, Genesee et Oranda.

Matériel :
Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, plus 20 minutes de partage de textes et échanges

Nombre :
 individuel

Démarche : Quand on écoute un récit, on en garde certains éléments, et on en oublie d’autres selon notre perception particulière. Un autre personnage raconte cette fois le rêve d’Ours-qui-pêche.

  1. Commencer par donner un nom à votre personnage.
  2. Ensuite définir précisément le personnage qui va relater ce qu’il a entendu : est-il pêcheur, chasseur? C’est un homme, une femme, ou encore un shaman qui doit guérir Ours-qui-pêche, dont on craint qu’il soit atteint d’un mal inconnu?
  3. Utiliser tous ces traits de personnalité pour filtrer le récit à travers les yeux de votre personnage.

Nations autochtones

Les Iroquois étaient un peuple d’agriculteurs menant une vie semi-sédentaire. Ils cultivaient la terre pendant 10 ou 15 ans à un endroit, et quand elle était épuisée, ils déménageaient.

Ils cultivaient traditionnellement le blé, le tournesol, le tabac, et aussi les « trois sœurs », c’est-à-dire le maïs, le haricot et la courge. Ils avaient mis au point une technique particulièrement ingénieuse pour mieux profiter de la complémentarité de ces trois plantes. Elles sont à la base de nombreuses recettes et constituaient un élément important dans l’alimentation des Iroquois.

Titre : Les trois sœurs : la courge, le maïs et l’haricot, Diane Boily
Source : Site Édutic-UQTR, AKI : Sociétés et Territoires autochtones

Activité : Le haïku du haricot

Objectif : Travailler les images sensorielles

Mise en contexte : Le haïku est sans doute la plus petite forme poétique connue au monde. C’est un poème de 3 vers composé respectivement de 5, 7 et 5 syllabes et qui ne riment pas nécessairement. Au Japon, d’où il est originaire, il fait toujours référence à la saison à laquelle il a été écrit, que ce soit explicitement, par exemple en utilisant le mot « été », ou par l’intermédiaire d’un mot-clé, comme « canicule »; dans les deux cas, ce terme est appelé « kigo ».


Matériel : Papier et crayon

Durée : 30 minutes d’écriture et 20 minutes de lecture à haute voix

Nombre :
 individuel

Démarche : Amusez-vous à expérimenter avec une forme de poème qui ne s’achève qu’après de nombreux essais pour arriver à la forme finale. Il n’est pas nécessaire de suivre toutes les règles du haïku traditionnel japonais, à l’exception du nombre de syllabes par vers.