SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 2

Moi, la mer

Biographie

Yara El-Ghadban

Yara El-Ghadban est romancière, anthropologue et musicienne. D’origine palestinienne, elle s’établit à Montréal en 1989 après un long parcours de migration : Dubaï, Buenos Aires, Beyrouth, Sanaa et Londres. C’est dans le croisement de ses recherches menées au Québec, dans le monde arabe et en Afrique du Sud, de son imaginaire et de son rapport intime à Montréal qu’elle réfléchit et écrit. Elle a signé son premier roman, L’ombre de l’olivier, en 2011 (Mémoire d’encrier). Chez le même éditeur, elle a également codirigé l’essai Le Québec, la charte, l’autre. Et après? (2014) et publié son deuxième roman, Le parfum de Nour, en 2015. En 2017, on lui remettait le prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada.

Résumé du chapitre


La mer. Elle tolère les bateaux, elle tolère les marins, mais elle refuse de se faire domestiquer comme un vulgaire animal par un arriviste tel que Samuel de Champlain. Elle n’est pas de nature à accepter n’importe quoi de la part de n’importe qui. Elle entend qu’on la respecte. À celui qui se méprend, elle donne du fil à retordre. Naufrages, avaries, tempêtes, scorbut, ouragans, elle ne manque pas d’imagination quand il s’agit de lutter contre l’ignorance et le despotisme. La mer, tendre et aimante avec ceux qui ne font qu’un avec elle, raconte le monde nouveau à sa manière, son appréhension devant les transformations qui guettent cette terre qu’elle affectionne. Elle redoute le pire pour ses enfants, les populations autochtones, qu’elle soutient jour après jour en leur offrant des vivres avec générosité et sans compter, comme toute mère nourricière. Les Premières Nations ont conscience de sa valeur et elle leur en est reconnaissante. Sensibles à l’équilibre des forces dans la nature, elles la respectent naturellement. Cette terre qu’elle chérit, la mer veut la rendre inaccessible à ceux qui viennent de l’autre continent, ceux qui se trouvent sur son autre joue, et qui veulent conquérir sans comprendre, sans se poser de question. Malgré son étendue, son pouvoir, sa force et sa violence même, elle n’est pas de taille contre tous ces navires qui sillonnent ses flots pour déverser leurs cargaisons d’hommes et d’armes au nom de la colonisation.

Donner sa langue au chat

Jongler avec les mots

Avant de participer à l’écriture du roman Sur les traces de Champlain, chaque auteur s’était vu demander d’écrire quelques lignes qui commençaient par : « C’est en écrivant… » Voici le texte de Yara El-Ghadban.

C’est en écrivant…

Que je fais danser les fleurs et chanter les couleurs, que la vie devient possibilités et la souffrance cède à la lumière.

En écrivant, je fais la révolution, un petit verre, rouge de thé, bien sucré, avec des feuilles de menthe fraîches ou de la sauge (cueillie des flancs de la Cisjordanie) placée sur le bureau du côté gauche pour la gauchère que je suis, des noix, mon carnet de notes (car je commence toujours sur une feuille, à la main) que je transcris dans mon ordi.

L’heure? 5h30 du matin… C’est à l’aube que naissent mes mots.

Du côté droit, mon piano, pour les périodes de fatigue ou de blocage, l’après-midi. Si les mots me manquent, je joue et ils reviennent, séduits par la musique.

Activité : Le démarreur

Objectif : Adapter le niveau de langage à l’âge du narrateur

Mise en contexte : Déclencher le récit, pour permettre à l’écrivain en herbe de mettre le pied à l’étrier

Matériel : Papier et crayon

Durée : 15 minutes, plus 15 minutes pour partager son texte avec les autres

Nombre : individuel

Démarche : Commencer votre récit par ces quelques mots : « C’est en [verbe au participe présent] ». 

Voici quelques suggestions pour ceux qui sont vraiment en panne :

C’est en voyageant…
C’est en chantant…
C’est en étudiant…
C’est en marchant…
C’est en fermant les yeux…

Et maintenant à vous de jouer!

Activité : Pas piqué des vers, le vocabulaire de la mer

Objectif : Saisir les différents sens des mots, reconnaître que l’auteure traite la mer comme une personne, analyser les échanges lexicaux.

Matériel : Papier et crayon, tableau mural

Durée : 5 minutes pour réaliser une liste d’environ 2 pages, plus 15 minutes pour la construction de la liste au tableau et 10 min pour l’écriture

Nombre : groupe de 4, puis toute la classe

Démarche :

  1. Chercher les mots qui suggèrent la mer (par exemple : pêcheurs, flibustiers, maille, filet, hameçon, vague, etc.).
  2. Mettre tout ce vocabulaire en commun, en éliminant les cas qui ne cadrent pas tout à fait (par exemple, « animaux » ne fait pas partie du champ lexical de la mer, mais « baleine », oui), et énumérer les différents sens de chaque mot, le cas échéant.
  3. Prendre 10 des mots qui ont plusieurs sens, et que l’on peut utiliser dans deux de ces sens dans le récit (par exemple : « vague », qui peut vouloir évoquer un mouvement d’eau ou quelque chose de flou, ou « chaîne », qui peut être un ancrage ou encore un bijou).
  4. Construire une petite histoire se déroulant en mer en utilisant ce vocabulaire choisi. Pour rehausser le défi, on peut tenter d’introduire un maximum de mots qui font partie du vocabulaire de la mer.

Variation : utiliser le vocabulaire de la mer et écrire une histoire sans rapport avec la mer (l’histoire d’un naufrage financier ou affectif, par exemple) de la même manière que l’auteure traite la mer comme une personne avec des pensées, des émotions, de la rage aussi.

Activité : La mer m'a donné

Objectif : Caractériser un personnage

Mise en contexte : Pendant tout le chapitre, la mer râle et tempête : c’est maintenant à vous de lui répondre pour essayer de l’apaiser.

Matériel :
Papier et crayon

Durée : 20 minutes

Nombre : individuel

Démarche : Imaginez un dialogue avec elle, la mer, où vous pourriez lui faire part de vos rêves d’aventure dans le Nouveau Monde. Choisissez un personnage qui a tout laissé derrière lui, sa famille, ses amis, pour accéder à une vie meilleure. La mer comprendra-t-elle que ce personnage n’a jamais eu de mauvaise intention?

Avant de vous lancer dans l’écriture, donnez à votre personnage une histoire : d’où vient-il, que veut-il faire en Nouvelle-France? Décrivez-le physiquement et mentalement en faisant une liste de caractéristiques.

Il se peut qu’il soit malade comme un chien à bord, ou qu’il n’arrive pas à dormir depuis le début du voyage, il a peut-être laissé sa femme enceinte au pays, et il ne sait plus s’il va pouvoir rentrer chez lui, et ainsi de suite…

La locution « la vie n’est pas un long fleuve tranquille » doit se trouver quelque part dans votre récit.

Activité : Change de ton

Objectif : Élargir son vocabulaire, réfléchir sur la tonalité d’un texte

Mise en contexte : Les trois principaux niveaux de langue sont le niveau familier (comme quand un ado s’adresse à ses amis ados), courant (celui qu’on utilise en famille), et soutenu (qui s’emploie plus particulièrement à l’écrit). Les tonalités de la langue sont multiples, on peut écrire de manière ironique, lyrique, tragique, polémique, oratoire et ainsi de suite.

Matériel :
Papier et crayon, dictionnaire papier si possible

Durée : 15 minutes plus correction

Nombre : Individuel

Démarche : Remplacer tous les substantifs du texte qui suit par un synonyme ou un équivalent du mot trouvé dans le texte de Yara El-Ghadban. Au besoin, reconstruire le texte pour arriver à ce résultat. Changer la tonalité du texte est tout à fait possible, mais attention, il faut garder le même ton jusqu’au bout.

Par exemple : On peut remplacer « l’enfant » par « le gamin ». « Apprendre à nager » peut devenir « maîtriser la nage ».

« L’enfant qui a tant voulu monter mes vagues sans jamais apprendre à nager, qui, adulte, a caboté aux lisières des continents, m’a touché les orteils en se laissant balloter par la Sainte Hélène. Il a fait le plein des champs, son imaginaire champ plein de Terres Neuves et de Terres anciennes, de terres et de mers lointaines. Champlain, plein, plein, de fantasmes de grandeur, de renommée tant voulue, tant désirée. »

À partir d’ici, changer tous les mots en gras, et reconstruire le texte sans en changer le sens.

« Lors de son départ, je l’avais aperçu et j’étais étonnée. Il m’avait dit qu’il voulait partir, découvrir cette terre étrange qui flotte sur mon autre joue. Il m’avait dit : ne t’inquiète pas la Mer, ma mère, laisse naviguer ces hommes pâles dans tes plis, n’est-il pas temps de ressouder les continents? N’es-tu pas aussi soie qui recouvre le béant, fil qui recouvre la déchirure? »

Activité : Et si on remplaçait un mot par un autre?

Objectif : Explorer la potentialité d’un texte, on reprend le texte et on lui applique la méthode S+7

Mise en contexte : Voici la méthode S+7 expliquée en bref : S+7 = Substantif + 7.
Autrement dit, il faut remplacer chaque substantif du texte par le 7e substantif qui le suit dans un dictionnaire donné – d’où l’intérêt d’avoir plusieurs différents dictionnaires.

Dans cet exemple puisé chez Blaise Pascal « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; c’est un roseau pensant. » deviendrait « L’homogénéisatrice n’est qu’une rosette, la plus faible de la naumachie; mais c’est une rosette pensante. »
Il fallait y penser!

Matériel : Papier et crayon, différents dictionnaires papier

Durée : 45 minutes, en incluant la lecture de tous les textes recomposés

Nombre : individuel ou en groupe, au choix (si on a peu de dictionnaires, il faut prévoir des groupes)

Démarche :
  1. Expliquer ce qu’est un substantif, si besoin.
  2. Choisir un extrait dans le texte de Yara El-Ghadban.
  3. Remplacer chaque substantif du texte par le 7e substantif qui le suit dans un dictionnaire.

Jouer avec le texte

Activité : Le texte mangé par les rats

Activité : Le texte mangé par les rats

Objectif : Affiner ses habiletés en lecture

Mise en contexte : Imaginons un livre mangé par les rats… Il manque des morceaux de texte, des morceaux de mots, de la ponctuation. Le lecteur de ces pages aurait immédiatement le désir de combler les trous, de remplacer ce qui est absent, car l’esprit humain ne supporte pas le manque. 

Matériel : Dictionnaire

Durée : 10 à 15 minutes 

Nombre : Individuel

Démarche : Directement à l’ordinateur, recomposer le passage tiré du livre Sur les traces de Champlain en comblant les espaces vides avec les lettres appropriées.

Cuisine à la page

Activité : C’est n’importe quoi, cette recette!

Objectif : Travailler la précision, la clarté, l’observation

Mise en contexte : Déclencher le récit, pour permettre à l’écrivain en herbe de mettre le pied à l’étrier

Matériel : Papier, crayon et de bons amis

Durée : 30 minutes, après quoi les filets de poisson ne seront plus frais

Nombre : individuel, ou par groupe de 2

Démarche : Celui qui a écrit cette recette a fait n’importe quoi, il va falloir éliminer pas mal de morceaux pour donner du sens à cette recette.
Éliminer toutes les consignes et tous les ingrédients inutiles. À la fin, cette recette devrait pouvoir figurer dans un livre ou un blogue de cuisine sérieux!

Filets d’omble chevalier à l’unilatérale et compotée de poireau

Ingrédients

  • 1 c. de sucre d’érable de l’année, car celui de l’année dernière n’était pas terrible
  • 1 botte de radis rose, ou rose et blancs, ou noirs si vous en trouvez sur le marché
  • ½ c. de sel de n’importe quelle couleur, les goûts et les couleurs ça ne s’explique pas
  • 500 g d’omble chevalier avec la peau, coupé en 4 pavés bien dodus, des pavés quoi
  • 3 poireaux coupés en fines rondelles, fines, fines c’est vite dit, ça va être tout mou si elles sont trop fines
  • Des galettes saint Michel ou de la mère Poulard, ou des Oréos si vous préférez
  • Un bon morceau de beurre ni froid ni pas froid, bien blanc, crémeux à souhait
  • ½ c. d’huile de bonne qualité, pas de la graisse de moteur

Préparation

  • Lever les filets de l’omble chevalier dans les règles de l’art (voir ci-dessous).
  • Mélanger le sucre d’érable et le sel dans un petit bol, réserver.
  • Sur une assiette, déposer les pavés de poisson.
  • Sur une deuxième assiette, déposer les rondelles de poireau.
  • Frotter la surface des pavés avec le mélange de sucre d’érable.
  • Réfrigérer 45 minutes, éponger au besoin avec du papier absorbant du genre qu’on trouve dans les supermarchés.
  • Laisser reposer 15 minutes à température ambiante, j’espère qu’il ne fait pas trop chaud chez vous.
  • Faire revenir les poireaux dans une poêle à feu doux sans qu’ils ne colorent.
  • Placer gentiment la grille au centre du four, c’est-à-dire au milieu, et préchauffer celui-ci à 150 °C, si vous préférez les températures en degrés Fahrenheit, et bien tant pis, pas trop chaud le four, enfin chaud juste ce qu’il faut quoi.
  • Dans un plat de cuisson, répartir les poireaux, toutes les rondelles de poireaux évidemment, n’allez pas chercher midi à quatorze heures, un poireau c’est un poireau. Déposer les pavés de poisson – pas de rumsteck – au-dessus des poireaux coupés en rondelles régulières, pas trop grosses et pas trop fines.
  • Badigeonner le poisson avec un peu d’huile, si vous en mettez beaucoup ça ne va pas vraiment être mangeable, mais c’est comme vous voulez.
  • Cuire au four de 20 à 25 minutes selon l’épaisseur des pavés ou jusqu’à ce que la chair du poisson se décolle facilement de la peau.
  • Laisser tiédir et retirer la peau tendrement, sinon elle va laisser un mauvais goût.

Histoire et géographie

Titre : L'arrivée de Champlain à Québec, Henri Beau (après 1903-1933)
Source : Bibliothèque et Archives Canada, 1989-517-15

Champlain traversa 23 fois l’Atlantique entre 1603 et 1632. Aucun de ses navires n’a sombré, ce qui était un exploit en soi à l’époque. Trouver la Chine au-delà des terres de la Nouvelle-France est un rêve qu’il caressa, mais il ne savait pas vraiment par où passer. Ce désir va être à l’origine de nombre de ses rencontres avec les peuples autochtones, dont il espère qu’ils pourront le mettre sur la bonne voie. Longtemps, il va chercher la « mer du Nord » et s’enfoncera toujours plus à l’ouest pour ce faire. 

Cependant, il ne trouve que des mers douces à l’intérieur des terres, ces mers qu’on appelle « des lacs ».

Avant 1603, Samuel de Champlain a déjà exploré les colonies espagnoles des Antilles et du Mexique. Il a vu les mauvais traitements infligés aux populations autochtones par les conquistadors et il est convaincu qu’il faut créer des alliances avec les Amérindiens. Il a une âme de diplomate, et quand il rencontre les autochtones, il les traite d’égal à égal, ou presque. En réalité, il comprend qu’ils en savent plus long que lui sur ces régions inexplorées par les Européens. Il fume le calumet de la paix avec eux, s’en remettant ainsi à leurs traditions. Il se fait un devoir de respecter leurs coutumes, ce qui va à terme l’aider dans la mission qu’il s’est donnée. Comme il sait s’attirer les faveurs d’un certain nombre d’entre eux, Montagnais, Algonquins, Malécites-Etchmins, il obtient qu’ils affirment leur acceptation des Français lors de ces rencontres préliminaires. Henri IV, roi de France à l’époque, le soutient dans sa démarche et insiste auprès de ses représentants en Nouvelle-France pour qu’ils respectent les alliances et les traités. Dès lors, les Amérindiens acceptent que les Français peuplent leurs terres; les Français, quant à eux, devront leur offrir un appui dans leurs guerres contre leur principal ennemi : les Iroquois.
 
Deux anecdotes :


– Champlain part de France avec une robe chinoise qu’il compte porter s’il arrive dans les palais princiers de Chine.
– Ne trouvant pas la route pour la Chine, il nommera « Lachine » l’un des endroits où il devra rebrousser chemin.

Titre : Samuel de Champlain, George Agnew Reid (1908)
Source : Bibliothèque et Archives Canada, 1990-329-2

Nations autochtones

Source : Bibliothèque et Archives Canada

Au pays des lacs et des rivières, la pêche est une activité importante pour les Autochtones d’hier et d’aujourd’hui. Toutes ces rivières étaient un véritable réseau « routier » qui permettait aux diverses nations de se déplacer, mais aussi de bénéficier d’un extraordinaire vivier où puiser ce qui était utile à leur survie. La pêche au harpon et la pêche au filet étaient largement utilisées, même si la deuxième se montrait plus facile que la première, donc plus répandue. Même en hiver, sous la glace, on pêchait. Un judicieux système de barrages, érigés dans des cours d’eau plus étroits, permettait aux Autochtones de limiter la largeur du passage pour les poissons, et il était bien plus facile évidemment de les attraper à la sortie. On pratiquait également la pêche en mer dans les régions côtières. Les Mi’gmaqs et les Innus notamment étaient coutumiers de la pêche en eau salée. Les crustacés, les phoques, les baleines et les bélugas se trouvaient au menu.

On mangeait parfois le poisson cru juste après l’avoir pêché, mais il y avait de nombreuses manières de l’apprêter : grillé sur le feu de bois, bouilli... On pouvait le fumer aussi, ce qui permettait de le conserver plus longtemps.