SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 14

Moi, le grand masturbateur devant l'Éternel

Biographie

Rodney Saint-Éloi

Rodney Saint-Éloi est poète, écrivain, essayiste et éditeur. Né à Cavaillon (Haïti) en 1963, il a fondé les éditions Mémoire dans son pays natal, puis les éditions Mémoire d’encrier à Montréal, en 2003, devenues aujourd’hui la référence pour une littérature de la diversité. Il est l’auteur d’une dizaine de livres de poésie. Son œuvre, à l’écoute du monde, a été traduite dans plusieurs langues. Rodney Saint-Éloi est un « activiste littéraire », il appartient à cette race qui croit que l’être humain vit d’eau, de pain, d’air et aussi de livres. Lui a été décerné le prestigieux prix Charles-Biddle 2012, qui « souligne son apport exceptionnel au développement des arts et de la culture au Québec ». Il est membre de l’Académie des lettres du Québec.

Résumé du chapitre

Par une journée brumeuse de décembre 1635, Champlain prépare son testament. Il se penche sur l’histoire de sa vie, remonte le cours du temps. L’enfant de Brouage, qui a si souvent croisé l’Histoire avec un grand H, se questionne vis-à-vis des grands explorateurs qui l’ont précédé. Il a quelques doutes quant à l’authenticité de son propre héroïsme. Il s’est fait un nom, certes, un nom qu’il lui est important d’offrir à la postérité, mais qu’en est-il de ses idées, que reste-t-il des rêves qui l’ont guidé tout au long de son parcours? Ne pas avoir découvert le passage vers la Chine, malgré une quête qui lui a causé bien des déboires, est l’une de ses plus grandes déceptions. Qu’en est-il aussi de cette grande nation qui devait être bâtie par le mélange des Français et des Sauvages? Les mariages furent rares et les Anglais ont ravi à la France cette terre qu’ils ont annexée sans complexe. Tous ses rêves lui paraissent bien dérisoires à l’aube de sa mort. Le reconnaîtra-t-on un jour comme le père de ce beau pays pour qui il a donné sa vie? Quand il a accosté sur les côtes acadiennes, les Sauvages lui ont dit gentiment « tout ce qui est à moi est à toi ». Ils ne pensaient pas à mal, ils n’ont pas vu le danger. Ils étaient prêts à donner et Champlain a pris. Ils voulaient aider, et Champlain en a profité. Il a partagé sa Bible et ses prophètes car il n’avait rien d’autre à proposer. De Tadoussac à Québec, il a essaimé la bonne parole, celle dont ils n’avaient pas besoin. Il a fait fructifier une terre qui n’était pas la sienne, sous prétexte de ce « tout ce qui est à moi est à toi » dit au nom de la diplomatie. Mais Champlain n’est pas allé au bout de son idée. Les Anglais sont arrivés : avec eux, pas de diplomatie, pas d’échange, mais des armes, du nombre, de la force. Les Anglais n’ont pas fait les choses à moitié, ils ont tout pris, et Champlain ne s’en releva pas.

Donner sa langue au chat

Attention : dans cette activité, plusieurs réponses peuvent être valides…

1. Qu’est-ce qu’un toponyme?

  • Un nom de famille
  • Un nom propre de lieu
  • Un nom propre
  • Un nom commun

2. Qu’est-ce que la chicouté?

  • Une ronce
  • Un animal
  • Un lieu
  • Une mûre

3. La définition autochtone de « Kebec » est la suivante :

  • Là où la rivière se sépare
  • Là où la rivière rencontre le fleuve
  • Là où la rivière est plus étroite
  • Là où le fleuve se jette dans la mer

4. Un fornicateur est quelqu’un qui…

  • Pêche au gros
  • Aime la bonne chair
  • Est infidèle
  • Commet le péché de chair

5. Qu’est-ce que le scirpe?

  • Un poisson de mer
  • Un poisson de rivière
  • Une plante aquatique
  • Un jonc
  • Une herbe des marécages

6. Qu’est-ce qu’un estran?

  • Une rive
  • Une partie du littoral
  • Une zone entre deux eaux
  • Une côte
  • La haute mer

7. Trouver 4 anagrammes pour le mot « estran »

8. Où se trouve l’île d’Anticosti?

  • Au Québec
  • Au Nouveau-Brunswick
  • Au large de la Nouvelle-Écosse
  • En face de Sept-Îles

Réponses :

1. Un nom propre de lieu 2. Une ronce; Une mûre 3. Là où la rivière est plus étroite 4. Commet le péché de chair 5. Un jonc; Une herbe des marécages 6. Une partie du littoral 7. antres, entras, rasent, rentas, transe 8. Au Québec; En face de Sept-Îles

Jongler avec les mots

Activité : Quand on n’a que le titre

Objectif : Commencer à écrire, sans avoir l’intention de terminer l’histoire

Mise en contexte : On sait que Baudelaire avait dans ses tiroirs nombre de projets d’écriture dont il n’avait que les titres. Coucher sur le papier un titre est en réalité une manière de fantasmer le livre à écrire, le livre à venir. C’est la première étincelle.

Dans son chapitre, Rodney Saint-Éloi utilise plusieurs fois la phrase Tout ce qui est à toi est à moi, et elle prend un sens différent à chaque fois. Cette phrase est l’un des pivots de son texte, et ouvre sur différents aspects de l’Histoire de la colonisation en Nouvelle-France.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 30 minutes d’écriture, plus 20 minutes de partage de textes

Nombre : individuel

Démarche : Il arrive souvent qu’un écrivain ait tout à coup le titre d’une histoire, d’un conte, d’un poème qui se présente à son esprit sans qu’il sache trop ni comment ni pourquoi.

Le titre qui vous est imposé, Tout ce qui est à toi est à moi, va vous propulser dans l’écriture d’un morceau d’histoire sans chercher à savoir où elle va vous mener. Laissez-vous juste porter par ces quelques mots : Tout ce qui est à toi est à moi…

Activité : Épilogue

Objectif : Travailler la structure de l’épilogue, imiter le style d’un auteur

Mise en contexte : L’épilogue est la partie finale d’un texte qui vient s’ajouter après la situation finale. Il s’agit souvent d’un complément qui présente ce qui se passe après la résolution de l’intrigue. On peut soit annoncer la suite, si suite il y a, soit apporter des éléments nouveaux, soit se concentrer sur un personnage ou un aspect unique de l’histoire qui éveillera la curiosité du lecteur. On peut également se projeter dans le futur et révéler quelque chose d’important. Ici, il y a de nombreuses pistes à suivre si l’on projette les trois grands groupes de personnages du chapitre de Saint-Éloi – les Premières Nations, les Français et les Anglais – 10, 20, 50 ans plus tard. Quel est ce scénario qui esquisse des jours neufs dont nous parle l’auteur? Qu’est-ce qui est à refaire? Le fleuve refait toujours son lit? Autant de pistes pour une suite éventuelle.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 45 minutes d’écriture


Nombre :
 individuel


Démarche :

  1. Écrire un épilogue qui soit une alternative à celui de Rodney Saint-Éloi, à la manière de l’auteur. Le nouvel épilogue doit s’intégrer parfaitement au reste du chapitre.

    Attention : il ne s’agit pas d’une conclusion. Vous devez réfléchir à la raison d’être de votre épilogue avant d’en commencer l’écriture. Quel est l’élément que vous voulez ajouter à ce récit? Que voulez-vous préciser d’important?

Activité : Les gros titres

Objectif : Travailler la langue sur les plans structurel et syntaxique

Matériel : Papier et crayon

Durée : 30 minutes d’écriture


Nombre :
 individuel

Démarche : Il y a plusieurs épisodes dans ce chapitre qui peuvent être racontés sous l’angle d’un article pour un grand quotidien ou un magazine.

  1. Choisir un passage d’une page au minimum, écrit à la première personne.
  2. Le récrire à la troisième personne en gardant un point de vue objectif, neutre, et en éliminant tous les éléments subjectifs du texte.

Variante : on peut prendre le même morceau de texte et le récrire sous forme télégraphique.

Activité : Conte à rebours

Objectif : Expérimenter avec le récit oral, les expressions

Mise en contexte : Le conte, chez les autochtones, est un moyen de transmission privilégié pour passer d’une génération à l’autre la culture, les valeurs, le savoir-faire, la connaissance, les croyances.

Les langues et contes autochtones sont remplis d’expressions très imagées, le Saint-Laurent étant par exemple « la rivière qui marche », et Kebec, « là où la rivière devient plus étroite ». Vous allez vous aussi au cours de votre récit créer des expressions poétiques et imagées pour vous exprimer.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 60 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix


Nombre :
 individuel

Démarche :

  1. Écrire un conte d’après ce que Rodney Saint-Éloi nous a raconté. Ce conte doit faire découvrir le personnage de Champlain, désormais complètement oublié – sauf dans les contes.

    S’inspirer du chapitre 14, où l’on retrouve notamment des répétitions de verbes en ce qui concerne les Autochtones (« donner ») et les Anglais (« compter »). Ces répétitions peuvent rythmer un récit oral.
  2. Lire à haute voix votre conte et faire en sorte qu’il soit agréable à écouter : jouer sur les sons, les répétitions, les prononciations difficiles en cas de danger, etc. Un conte s’écrit pour être dit.

Jouer avec le texte

Activité : Les synonymes

Objectif : Élargir son vocabulaire

Mise en contexte : Un synonyme est un mot ou une expression de sens équivalent à un autre mot ou à une autre expression. L’utilisation de synonymes est un excellent moyen d’enrichir le vocabulaire d’un texte.

Matériel : Dictionnaire

Durée : 20 minutes 

Nombre : Individuel

Démarche : Voici un extrait tiré du livre Sur les traces de Champlain. Directement à l’ordinateur, remplacer les mots dans la boîte par leur synonyme.

Cuisine à la page

Cipaille traditionnel

Ingrédients

  • 1 pâte alsacienne de 12 pouces de diamètre et de 1/4 de pouce d’épaisseur
  • 1 pâte brisée de 11 pouces de diamètre et de 1/4 de pouce d’épaisseur
  • 300 g de lard salé coupé en cubes de 1 pouce, préalablement pochés 5 minutes dans de l’eau bouillante
  • 350 g de lièvre avec os coupé en morceaux
  • 2 cuisses de poulet de Cornouailles
  • 2 cuisses de canard
  • 250 g de jarret d’agneau coupé en morceaux de 1,5 pouce
  • 250 g de collier de cerf, d’orignal ou de veau coupé en morceaux de 1,5 pouce
  • 1 os à moelle de 650 g environ (9 pouces de haut)
  • 300 g d’oignons émincés
  • 35 g d’ail haché
  • 200 ml de vin blanc
  • 5 g de sarriette
  • 2,5 g de clou de girofle
  • 2,5 g de cannelle
  • Sel et poivre au goût
  • 500 g de pommes de terre crues coupées en gros morceaux
  • 400 ml de soupe à l’oignon
  • 600 ml de bouillon de volaille
  • 50 ml de dorure (2 jaunes d’œufs avec 15 ml de crème 35 %)

Préparation

  • Sur une planche à découper, dégraisser les cuisses de canard et réserver le gras pour une prochaine utilisation. Couper les cuisses de manière à garder les deux manchons intacts. Réserver la viande pour le mélange à cipaille et garder les manchons pour la présentation.
  • Faire dégorger l’os à moelle dans de l’eau froide pendant au moins cinq heures et garder au réfrigérateur.
  • Dans un bol, mélanger le lard poché, le lièvre, les cuisses de poulet, les cuisses de canard, le jarret d’agneau, le collier de cerf, les oignons émincés et l’ail haché. Assaisonner le tout avec le sel, le poivre, la cannelle, le clou de girofle et la sarriette et ajouter le vin blanc.
  • Mariner une nuit au réfrigérateur.
  • Le lendemain matin, déposer la pâte alsacienne dans le fond du creuset. Déposer l’os à moelle au milieu.
  • Assaisonner les pommes de terre avec les mêmes épices que pour la viande.
  • Mélanger le fond de volaille froid avec la soupe à l’oignon froide.
  • Recouvrir le fond du bol avec un étage de viande. Ajouter une couche de pommes de terre et couvrir de bouillon. Répéter les opérations jusqu’à atteindre le bord du creuset et ajouter du liquide jusqu’à hauteur des ingrédients assemblés.
  • Terminer le montage en disposant les cuisses de poulet et les manchons de canard sur le dessus tout en prenant bien soin de mettre les os en l’air.
  • Sur une planche à découper, inciser la pâte brisée de manière à pouvoir la mettre sur le cipaille tout en faisant dépasser les os.
  • Mettre la pâte sur le cipaille et, à l’aide d’un pinceau, badigeonner la pâte avec la dorure.
  • Enfourner 20 minutes dans un four préchauffé à 200 °C (400 °F).
  • Poursuivre la cuisson à 150 °C (300 °F) pendant 6 heures. Une fois la pâte du dessus cuite (environ 1 heure après le début de la cuisson), utiliser une cuillère de service pour récupérer le jus de cuisson à l’intérieur du cipaille et arroser le dessus de la pâte. Répéter l’opération toutes les 30 minutes. Si jamais la couleur de la pâte devient trop foncée, couvrir d’un papier d’aluminium. Le cipaille est cuit lorsque la viande à l’intérieur se défait à la fourchette.
  • Laisser reposer le cipaille sur le comptoir pendant environ une heure pour laisser le temps aux viandes d’absorber un peu plus de jus.

Confit d’outarde

Ingrédients

  • Cuisses d’outarde
  • Gros sel
  • Poivre
  • Baies de genièvre
  • Feuille de laurier
  • Graisse d’outarde ou de canard

Préparation

  • Enduire les cuisses d’outardes avec un mélange de gros sel, de poivre, de baies de genièvres, et d’une feuille de laurier pilée.
  • Couvrir et mettre toute une nuit au frais.
  • Le lendemain, laver les cuisses à l’eau froide et les sécher soigneusement.
  • Recouvrir les cuisses de graisse d’outarde ou de canard.
  • Laisser mijoter doucement au four pendant trois heures.
  • Quand les cuisses sont cuites, vous pouvez soit les consommer immédiatement avec des pommes de terre rôties, soit les conserver en pot, et les consommer petit à petit.
  • Pour les conserver : une fois refroidies, placer les cuisses dans un grand bocal et les recouvrir avec la graisse de cuisson. Elles peuvent être conservées ainsi pendant plusieurs mois.

Activité : Le cipaille et le confit

Objectif : Raconter une fable et lui trouver une morale

Mise en contexte : La fable est à l’origine un récit qui se raconte oralement, et qui circule uniquement de cette manière. On attribue à Ésope le premier recueil de ces récits, bien qu’il ait été publié près de 200 ans après sa mort. Ces fables ont fait l’objet de transformations successives et il en existe de nombreuses versions. La Fontaine, quant à lui, a puisé son inspiration dans les fables d’Ésope tout en leur donnant une forme nouvelle. Il s’agit donc d’un travail d’adaptation de textes existants. En voici quelques titres : Le corbeau et le renard, Le lièvre et la tortue, Le rat des champs et le rat des villes, Le loup et l’agneau, La cigale et la fourmi, etc.

Matériel : Papier et crayon, une fable d’Ésope ou de La Fontaine

Durée : 30 minutes de préparation, 45 minutes d’écriture, 20 minutes de discussion en groupe Nombre : groupe de 2


Nombre :
 groupe de 2

Démarche : Au préalable, lire et comparer deux ou trois fables d’Ésope et de La Fontaine. Lire attentivement, par exemple, La cigale et la fourmi.

  1. À partir des recettes ci-haut, écrire une fable dont le titre est : Le cipaille et le confit, et lui trouver une morale.
  2. Se replacer dans le contexte historique de l’époque avant de commencer à écrire. Réfléchir à ce qui était disponible ou pas, à ce qui se passait quand on manquait de nourriture. Par exemple : le cipaille est un met pour faire ripaille au moment où on le prépare (on pourrait le comparer à la cigale), tandis que le confit peut se conserver pour les longs mois d’hiver (ce qui nous fait penser à la fourmi).
  3. Écrire votre fable en prose, ou encore en faire un poème rimé.
  4. Lire à haute voix la fable ainsi composée.
  5. Discuter en groupe des morales proposées dans les différentes fables écrites en classe.

Activité : La cigale et la fourmi en S+7

Objectif : Réaliser une activité pour rire et se détendre, puis une réflexion sur le texte ainsi reconstruit

Mise en contexte : Raymond Queneau, fondateur, avec François Le Lyonnais, de l’Oulipo en 1960, s’était amusé à transformer La cigale et la fourmi en utilisant la technique qui propose de remplacer tous les noms communs (substantifs) par le 7e mot après lui dans le dictionnaire. La fable rebaptisée avait pour titre Le Cimaise et la Fraction. Bien sûr, chaque dictionnaire comprenant un nombre de mots qui n’est pas le même, il y a autant de versions possibles qu’il y a de dictionnaires. Queneau avait choisi de prendre appui sur Le Nouveau Petit Larousse illustré, qui a bien changé depuis l’époque. Bien entendu, on peut varier la contrainte en utilisant S+3, S+10, A (pour adjectif) + 7, +8, +12 au choix, mais la S+7 a fait ses preuves depuis longtemps!

Matériel : Papier et crayon, dictionnaires

Durée : 30 minutes de réécriture, plus 15 minutes de lecture à haute voix


Nombre :
 individuel

Démarche : 

  1. Prendre une fable de La Fontaine au choix ou la fable composée à l’activité précédente et remplacer chaque substantif par celui figurant 7 entrées plus loin dans le dictionnaire. Ajuster au besoin le genre des articles, déterminants et adjectifs.
  2. Une fois terminé, lire à haute voix son texte : certains fonctionnent mieux que d’autres, sont plus drôles, mais ils sont tous surprenants et ce n’est pas rien.
  3. Voter pour la réécriture qui fonctionne le mieux.

Nations autochtones

À venir...