SUR LES TRACES DE CHAMPLAIN

Chapitre 10

Kanienkehaka

Biographie

Frédéric Forte

Frédéric Forte, né en 1973 à Toulouse, vit aujourd’hui à Paris. Il est poète et, depuis 2005, membre de l’Oulipo. Il a découvert les Exercices de style de Raymond Queneau en classe de 5e et a le souvenir très net du mot « Oulipo » lu à cette occasion dans un manuel scolaire. Ses initiales sont celles de « formes fixes » dont il aime explorer les potentialités… mais il ne s’interdit aucune voie, pas même la prose ou le vers libre. Il est notamment l’inventeur de l’opéra-minute, de la petite morale élémentaire portative, des bristols et des 99 notes préparatoires. Il a publié Discographie (l’Attente, 2002) ; Banzuke (l’Attente, 2002) ; N/S (avec Ian Monk, l’Attente, 2004) ; Opéras-minute (Théâtre Typographique, 2005) ; Comment(s) (l’Attente, 2006) ; Une collecte (Théâtre Typographique, 2009) ; Re- (Nous, 2012) ; 33 sonnets plats (l’Attente, 2012) et Dire ouf  (P.O.L, 2016).

Résumé du chapitre

Un poète contemporain cherche à comprendre le monde à travers les yeux d’un Iroquois. Il se projette dans un guerrier de la nation Kanienkehaka, le Peuple des étoiles. Pour lui, la lune est à sa place et le soleil aussi. Tout le monde est à sa place. Aujourd’hui, il se prépare à livrer bataille aux mangeurs d’écorce. Tomahawks, arcs et flèches, massues, il est fin prêt. Il se dit que si une flèche lui faisait quitter son corps, il voudrait se retrouver dans un espace vert et boisé à jouer une partie de crosse pour l’éternité. C’est la nuit au bord du lac Champlain, cet Iroquois ne sait pas encore qu’il existe des armes à feu qu’on appelle « arquebuses ». Il ne connaît rien des Français et de leurs techniques guerrières très particulières. S’il avait su qu’ils possédaient une machine de guerre cruelle qui sème la mort et la désolation, il aurait prévenu ses frères. Il se serait protégé. Mais il ne le savait pas. Avant de s’effondrer, il a le temps d’apercevoir son chef étendu, yeux ouverts regardant dans le vide, ou peut-être face contre terre. Partout il y a des morts et des blessés. De mémoire d’Iroquois, on n’avait jamais vu ça. C’est la stupéfaction. Que s’est-il passé, demande le poète?

Donner sa langue au chat

À venir...

Jongler avec les mots

Activité : 99 notes préparatoires

Objectif : Créer un texte à partir d’un mot, d’une phrase

Mise en contexte : Frédéric Forte est avant tout un poète qui a inventé une amusante manière de jongler avec les mots. Cette méthode s’appelle les 99 notes préparatoires. Il s’agit d’écrire sur des fiches (l’auteur de ce chapitre aurait parlé de bristols) des mots, mais aussi des phrases sur le même sujet.

Matériel : Fiches et crayon

Durée : 25 minutes pour écrire les fiches, plus 30 minutes de lecture à haute voix

Nombre : individuel et en groupe

Démarche : Prenons par exemple le chapitre de Frédéric Forte.

  1. Chaque personne écrit 6 phrases sur 6 fiches différentes jusqu’à concurrence de 99 sur un même sujet. Utiliser des rimes internes dans la phrase, des phases qui ne se terminent pas, des phrases originales, des phrases du chapitre (pas plus d’une par personne), etc. Essayez d’utiliser des effets sonores, allitérations, monovocalismes, bivocalismes, tautogrammes, lipogrammes, etc.
  2. Rassembler toutes les fiches, et n’en garder qu’un maximum de 99, sélectionnées au hasard. Vous entrez ainsi dans le monde de la potentialité oulipienne.
  3. Mélanger toutes les fiches, et les lire comme elles viennent. Vous pouvez de cette manière créer une multitude de textes, tous plus étonnants les uns que les autres, un poème de 99 vers, un rap de 99 lignes, etc. Chaque fois que vous mélangez les fiches, vous obtenez un nouveau texte en recyclant les phrases déjà écrites.

Jouer avec le texte

Activité : Les synonymes

Objectif : Élargir son vocabulaire

Mise en contexte : Un synonyme est un mot ou une expression de sens équivalent à un autre mot ou à une autre expression. L’utilisation de synonymes est un excellent moyen d’enrichir le vocabulaire d’un texte.

Matériel : Dictionnaire

Durée : 20 minutes 

Nombre : Individuel

Démarche : Voici un extrait tiré du livre Sur les traces de Champlain. Directement à l’ordinateur, remplacer les mots dans la boîte par leur synonyme.

Cuisine à la page

Cuisses de grenouille

Ingrédients

  • 6 œufs de poule ou 3 œufs de canard
  • 1 tasse de farine de maïs ou de farine de blé
  • 1/ 2 c. à thé de sel
  • 1/ 2 c. à thé de poivre noir frais
  • 1,2 kg de cuisses de grenouilles
  • 1 tasse d’huile de tournesol ou de maïs ou de gras d’animal fondu
  • 10 à 15 têtes d’ail des bois
  • On peut remplacer l’ail des bois par des petits oignons ou de l’ail ordinaire

Préparation

  • Mélanger les ingrédients secs.
  • Battre les œufs et les incorporer aux ingrédients secs, puis mélanger pour obtenir une pâte. Ajouter les têtes d’ail écrasées.
  • Tremper les cuisses de grenouilles dans le mélange.
  • Faire chauffer l’huile et y déposer les cuisses. Faire dorer jusqu’à ce qu’elles soient croustillantes.

Activité : Qui suis-je?

Objectif : Suivre le modèle : si j’étais… une grenouille

Mise en contexte : Ici, vous allez vous transformer en grenouille, et si vous avez lu attentivement la recette ci-dessus, la grenouille pourrait bien penser que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Matériel : Papier, crayon et imagination

Durée : 20 minutes, plus 20 minutes de partage de textes

Nombre : individuel

Démarche : Suivre le modèle du questionnaire de Proust, en répondant du point de vue d’une grenouille en respectant son niveau de langage, son regard, son point de vue. Utiliser le « je » pour répondre au questionnaire, ce qui vous rapproche des émotions de votre personnage.

Questionnaire de Marcel Proust légèrement modifié :
  1. Le principal trait de mon caractère
  2. La qualité que je préfère chez un homme
  3. La qualité que je préfère chez une femme
  4. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis
  5. Mon principal défaut
  6. Mon occupation préférée
  7. Mon rêve de bonheur
  8. Quel serait mon plus grand malheur?
  9. Ce que je voudrais être
  10. Le pays où je désirerais vivre
  11. La couleur que je préfère
  12. La fleur que j’aime
  13. L’oiseau que je préfère
  14. Mes poètes préférés
  15. Mes héros dans la fiction
  16. Mes compositeurs préférés
  17. Mes peintres favoris
  18. Mes héros dans la vie réelle
  19. Ce que je déteste par-dessus tout
  20. Personnages historiques que je méprise le plus
  21. Le don de la nature que je voudrais avoir
  22. Comment j’aimerais mourir
  23. Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence
  24. Ma devise

Activité : Histoire de grenouille et d’en rire

Objectif : Construire un récit autour d’un personnage central, quel qu’il soit

Mise en contexte : Le zeugme est une figure de style qui résulte de la coordination de deux éléments incompatibles sur le plan syntaxique ou sémantique, autrement dit deux éléments de fonction différente, bien qu’éventuellement de même nature.

Par exemple : « Histoire de grenouille/histoire d’en rire : histoire de grenouille et d’en rire ». Ce procédé aux assemblages un peu déconcertants joue sur l’effet de surprise et peut être très amusant.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 25 minutes, plus lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche :

  1. Le personnage central est cette grenouille dont vous avez déjà défini la personnalité.
  2. Si d’aventure, vous aviez repéré chez vos compagnons de classe des traits de caractère d’une grenouille qui vous plaisaient, n’hésitez pas à les emprunter, c’est permis aujourd’hui.
  3. Rédigez une petite histoire amusante et zeugmatique d’une page maximum.
  4. Partagez avec vos amis.

Histoire et géographie

Titre : Defaite des Yroquois au Lac de Champlain, Samuel de Champlain (1613)
Source : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Defaite_des_Yroquois_au_Lac_de_Champlain.png

Bataille du lac Champlain : Français et Iroquois, première confrontation

Samuel de Champlain entreprend d’explorer le Saint-Laurent au cours du printemps 1603. C’est alors qu’il découvre l’immensité de l’arrière-pays. Il cherche toujours un passage vers la Chine, et la grande mer salée dont on lui a parlé. Il envoie donc un groupe de colons vers la baie d’Hudson pour leur faire remonter la rivière des Outaouais, dans l’espoir de trouver le fameux passage du Nord-Ouest, qui mènerait au Pacifique.

Comme il en a toujours eu l’intention, Champlain établit des alliances avec les Algonquins, les Hurons et les Montagnais, qui répondent à son appel car ils comptent sur lui pour les aider à combattre les Iroquois.

Cette alliance permettra aux Français de développer le commerce des fourrures avec les tribus qui occupent des territoires qui sont déclarés comme faisant partie de la Nouvelle-France, sous tutelle du roi Henri IV. Les conflits entre les différentes tribus autochtones rendent parfois ce commerce périlleux. Il faut donc établir une paix durable et pour ce faire une démonstration de force paraît indispensable, car les Iroquois étant très belligérants, il faut leur en imposer pour sortir de l’impasse. La neutralité des Français risque en outre de nuire à leur relation avec les autres nations autochtones. Sous le prétexte d’une exploration des terres de l’arrière-pays pour trouver le passage du Nord-Ouest, Champlain fait une incursion à l’intérieur des terres iroquoises. Il est accompagné de représentants de trois peuples alliés.

L’expédition arrive sur les bords de ce qui va devenir le lac Champlain, vers la fin du mois de juillet. Le 30 juillet 1609, Samuel de Champlain affronte les Iroquois pour la première fois. C’est le début d’un conflit qui durera près de cent ans et qui anéantira un grand nombre d’autochtones et la moitié des colons français.

Activité : Chronique de guerre

Objectif : Écrire un texte d’opinion

Mise en contexte : Vous êtes chroniqueur pour un journal. Une machine à voyager dans le temps vous a permis d’assister à la bataille des Iroquois dont parle Frédéric Forte.

Matériel : Papier et crayon

Durée : 40 minutes, plus 15 minutes de partage à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : Écrire une chronique sur la bataille, qui vous a fortement marqué. Attention, la chronique est un texte qui met de l’avant l’opinion, le commentaire, la lecture personnelle que fait la ou le journaliste sur son sujet.

Activité : Une musique qui parle

Objectif : Constater la possibilité d’utiliser l’art pour véhiculer un message historique et politique

Matériel : Une bonne paire d’oreilles

Durée : Quelques minutes d’écoute, plus toute une vie pour réfléchir

Nombre : individuel

Démarche : Écoutez le rap de Samian et Loco Locass « La paix des braves », qui englobe avec beaucoup de poésie la réalité des peuples autochtones par rapport à la colonisation de leur territoire par les Français. En fait, c’est un résumé de tout ce voyage que nous sommes en train de faire aux côtés de Champlain et des Premières Nations en Nouvelle-France.

Nations autochtones

Titre : Une partie de crosse
Source : Passerelle pour l’histoire militaire canadienne, http://cmhg-phmc.forces.gc.ca/cmh-pmc/image-238-fra.aspx?page=273

La crosse, un jeu aux origines amérindiennes

Les parties de jeu de la crosse se déroulaient souvent sur plusieurs jours alors que les tribus et villages voisins organisaient ces rencontres qui comptaient des centaines ou même un millier de participants. On les disputait sur un terrain à mi-chemin entre les deux villages qui s’opposaient et il semblerait que la distance qui séparait les buts pouvait varier de 500 mètres à plusieurs kilomètres.

Les règles n’étaient pas très précises, et elles étaient établies le plus souvent quelques jours avant la rencontre. Chaque joueur avait une crosse et ne devait pas toucher avec ses mains la balle que les équipes se disputaient. Pour représenter les buts, on se servait des rochers présents sur le terrain ou d’arbres. Plus tard, l’usage de poteaux a remplacé ces éléments naturels. La durée du match quant à elle dépendait du soleil. La balle était en bois ou en peau de daim remplie de cheveux. Elle mesurait une dizaine de centimètres de diamètre. Les crosses mesuraient entre 60 cm et 1,5 mètre. Avant les rencontres, les joueurs se maquillaient avec du charbon de bois ou de la peinture, et observaient un rituel apparenté à ceux des guerriers. Sacrifices et cérémonies dansantes faisaient également partie de la préparation au jeu et se tenaient la veille de chaque match.

Activité : Le mode d’emploi

Objectif : Travailler la précision, la clarté, avec un peu d’humour

Matériel : Papier et crayon, dictionnaire

Durée : 30 minutes

Nombre : individuel

Démarche : 

  1. Choisir un objet associé à un sport qui n’existait pas au 17e siècle. Alternativement, vous pouvez prendre un objet usuel si vous n’êtes pas porté sur le sport : stylo, fourchette, chaise, dictionnaire, réfrigérateur ou congélateur, machine à café ou à laver, aspirateur de piscine, etc.
  2. Écrire son mode d’emploi en imaginant qu’une personne qui vient du 17e siècle va s’en servir.

    Il faut être très clair et très précis dans la mesure où cette personne n’a pas la moindre idée de ce que représente cet objet ni de l’usage qu’on en fait, à l’image des Iroquois qui voient une arquebuse pour la première fois.

Activité : L’anniversaire

Objectif : Écrire un récit à narrateurs multiples, avec trois voix pour un seul récit

Matériel : Papier et crayon

Durée : 25 minutes d’écriture, plus 20 minutes de lecture à haute voix

Nombre : individuel

Démarche : Échanger sa feuille Mode d’emploi avec celle d’un voisin. La proposition d’écriture consistera à :

  1. Présenter un personnage qui reçoit l’objet en question, alors qu’il n’a jamais eu accès à ce genre d’objet, et analyser ses réactions.
  2. Présenter les réactions et les sentiments de la personne qui offre l’objet, de son point de vue à lui ou elle.
  3. Ajouter un narrateur omniscient qui en sait plus long que les deux autres.  Il s’agit donc de trois récits qui s’entremêlent; les deux premiers peuvent utiliser le « je » ou pas, mais attention : chacun des deux personnages ne connaît qu’une partie de l’histoire.

Activité : Le mode d’emploi, bis

Objectif : Travailler la précision, la clarté, et le dialogue

Matériel : Papier et crayon

Durée : 20 minutes d’écriture, la deuxième fois ça va plus vite

Nombre : individuel ou en groupe de 2

Démarche : Échanger sa feuille Mode d’emploi avec celle d’un voisin. La proposition d’écriture consistera à :

  1. Choisir un objet qu’on retrouve dans le roman et qui appartient à un colon.
  2. Se mettre dans la peau d’un personnage qui explique à un autochtone à quoi sert cet objet – armure, plume et encrier, carnet, piano, fusil, etc.
  3. Écrire sous forme de dialogue la rencontre entre l’autochtone et le colon possédant l’objet.